La République islamique d’Iran traverse l’une des périodes les plus décisives de son histoire. Non seulement le mouvement de protestation persiste et s’amplifie mais, malgré le rideau imposé sur les communications, des images parviennent progressivement, montrant des corps de manifestants tués étendus à même le sol. Ces révélations semblent avoir incité le président américain, Donald Trump, à envisager une action militaire contre le régime.
Dans ce contexte dramatique, alors que les médias français auraient pu mobiliser l’opinion en faveur d’un rôle plus actif de la France, conforme au droit international, l’attention se concentre presque exclusivement sur une figure : Reza Pahlavi, fils exilé du dernier chah, présenté comme l’alternative évidente, sinon unique, au régime islamique.
Cet intérêt pour Reza Pahlavi n’est pas propre à la France. Mais nulle part ailleurs le descendant du chah ne bénéficie d’une exposition médiatique aussi favorable. Cela rappelle un précédent historique lourd de conséquences : le séjour de l’ayatollah Khomeyni à Neauphle-le-Château (Yvelines), peu avant la révolution de 1979. Ce village n’était pas un simple lieu d’exil ; il était devenu un centre de coordination politique et médiatique. Depuis la France, Khomeyni s’adressait au monde, recevait des délégations, organisait la contestation et construisait une image rassurante, promettant monts et merveilles. Beaucoup y ont cru. On connaît la suite.
Récupération du mouvement
Certes, Reza Pahlavi, francophile, n’habite pas en France [il vit aux Etats-Unis]. Mais la France reste l’un des rares pays d’Europe où les réseaux promonarchistes iraniens disposent d’une influence notable auprès des médias et de certaines élites politiques. De fait, la focalisation des médias français sur Reza Pahlavi produit un effet politique comparable à celui qu’avait eu le coup de projecteur sur l’ayatollah Khomeyni à Neauphle-le-Château. Depuis deux jours, le fils exilé affirme publiquement que les mobilisations en Iran seraient le résultat de ses appels, laissant entendre qu’il en serait le moteur principal. Il s’agit d’une tentative manifeste de récupérer le mouvement populaire, dont il ignore sciemment tant la pluralité que les aspirations démocratiques.
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