D’un extrême à l’autre. Alors que Donald Trump menaçait encore de faire « disparaître » une civilisation entière le 7 avril, un accord de cessez-le-feu a été annoncé peu après, le même jour, après cinq semaines de frappes israélo-américaines sur l’Iran, auxquelles Téhéran a répliqué en visant Israël mais aussi des bases américaines dans les pays du Golfe et diverses infrastructures énergétiques.
Le 28 février, une nouvelle guerre a éclaté après qu’Israël et les États-Unis ont lancé des frappes contre l’Iran, tuant plusieurs personnalités militaires de haut rang, des scientifiques et des responsables politiques, dont le Guide suprême iranien, Ali Khamenei.
L’Iran a lancé des attaques à grande échelle contre Israël et les pays arabes abritant des bases militaires américaines, notamment l’Irak, le Koweït, l’Arabie saoudite, le Qatar, les Émirats arabes unis, Bahreïn, la Jordanie et Oman.
Au-delà des cibles militaires, les deux camps ont également frappé des infrastructures civiles, notamment des installations gazières et pétrolières, des centrales électriques, des usines de traitement des eaux, des usines sidérurgiques et d’aluminium, des routes, des voies ferrées et des ponts, ainsi que des universités, des aéroports, des écoles, des hôtels, des stades et des zones résidentielles – en particulier en Israël.
L’annonce du cessez-le-feu a divisé la société iranienne, y compris parmi ceux qui s’opposent au régime islamique. Lors de la répression brutale du mouvement de contestation en Iran en janvier, Donald Trump avait déclaré aux Iraniens : « L’aide est en route ». Au déclenchement de la guerre, le 28 février, il leur disait que « le moment [était] venu de prendre [leur] destin en main »
Dans ce contexte, nombre d’Iraniens espéraient que les frappes américano-israéliennes conduiraient à un changement de régime – et s’opposent aujourd’hui au cessez-le-feu. Mais d’autres le soutiennent – ou du moins un arrêt des frappes contre les infrastructures -, arguant que le risque de destruction totale était trop élevé.
« Trump est venu, a rouvert la plaie et nous a laissés seuls »
Sohrab (pseudonyme), la soixantaine, vit à Téhéran où il travaille dans une start-up :
« C’est la pire chose qui pouvait arriver. La façon dont cette guerre s’est déroulée va rendre la République islamique plus effrontée encore. Désormais, ils peuvent se vanter d’avoir tenu tête aux États-Unis, ce que le reste du monde n’oserait pas faire.
Ils ont trouvé un nouveau moyen de pression. Ils ont compris qu’ils pouvaient bloquer le détroit d’Ormuz et extorquer de l’argent.
Ce qui va se passer, c’est qu’ils vont écraser le peuple. La minorité au pouvoir va imposer des restrictions encore plus strictes et renforcer sa dictature, tout en persécutant et en terrorisant la majorité : le peuple iranien. »
Sohrab dit se sentir trahi par Trump :
Pendant le soulèvement de janvier, Trump a appelé la population à occuper les bâtiments du régime, en déclarant « l’aide est en route ». Des dizaines de milliers de manifestants ont été massacrés par le régime parce qu’ils croyaient pouvoir compter sur le soutien de Trump, puisqu’il avait dit : « Je vais vous aider ».
Au début, il a déclaré vouloir un changement de régime, mais il a changé d’avis en cours de route. Je ne sais pas pourquoi. Il a dit en somme : « Restez chez vous pendant les bombardements, et le moment venu, je vous appellerai pour que vous retourniez dans les rues et renversiez le régime. »
Trump n’a rien accompli. Tout tournait autour de lui. Oui, il a tué quelques commandants et personnalités politiques, mais qu’est-ce que ça a changé ? Avons-nous jamais pu manifester dans les rues, ne serait-ce qu’une demi-heure ? Au lieu de cela, le régime a inondé les rues de ses propres partisans armés. Personne n’ose manifester.
À lire aussiIran : les bassidjis jouent la politique de la terreur pour dissuader toute manifestation
« Je suis personnellement prêt à payer n’importe quel prix »
Sohrab concède que sa position est « extrême » par rapport à celle de nombreux autres Iraniens, y compris ses amis et sa famille. Il assure être prêt à endurer davantage de destruction, si cela peut mener à la fin de la République islamique.
« Personnellement, je suis prêt à payer n’importe quel prix, pourvu que ce régime cesse d’exister. Nous n’avons jamais connu la paix. Au cours de mes quarante années d’existence, j’ai toujours vécu sous le stress et la pression de ce régime.
Aujourd’hui, même si le stress s’intensifie un peu, cela m’importe peu. Ce qui comptait, c’était ma jeunesse ; je l’ai perdue, et elle ne reviendra jamais.
Le « prix » jugé acceptable pour renverser le régime islamique est une question qui divise profondément la société iranienne.
« La guerre a rendu la perspective de renverser le régime plus lointaine »
Naznin [pseudonyme], la cinquantaine également, vit en Iran où elle dirige sa propre entreprise.
« Juste avant le cessez-le-feu, la panique était réelle, la menace était trop grave pour être ignorée. Quand il s’agit de cibler des infrastructures comme l’électricité, l’eau et le gaz, ce n’est pas une plaisanterie. L’idée que l’Iran puisse être réduit en ruines est quelque chose que personne ne souhaite.
Cela dit, je dois admettre que personne autour de moi n’est heureux non plus. Je parle avec des amis, et tout le monde se demande pourquoi, pourquoi ils n’ont pas achevé le travail. Tout le monde est très inquiet pour l’avenir sous la République islamique.
Naznin affirme également que des jours plus sombres attendent le peuple iranien après ce conflit :
Je pense que cette guerre non seulement ne nous a pas aidés, nous, le peuple iranien, mais qu’elle a rendu la perspective de renverser le régime plus lointaine et ce renversement plus difficile à réaliser. Même pendant cette guerre, il y a eu des arrestations, des convocations, des menaces – et même des exécutions de dissidents politiques.
Selon l’organisation de défense des droits de l’homme HRANA, 1 701 civils, dont 254 enfants, ont été tués en Iran pendant ce conflit. En Israël, 26 personnes ont été tuées selon les chiffres officiels




