Même si le militant Geza Buzas-Habel souhaite la défaite du Premier ministre nationaliste Viktor Orban lors des législatives du 12 avril, il doute qu’un changement à la tête du pays améliorera vraiment le sort de la communauté LGBT+ en Hongrie.
Depuis 2020, le gouvernement hongrois s’attaque aux droits des minorités sexuelles et de genre, au nom de la défense des valeurs traditionnelles, sous le regard jusqu’à présent impuissant de Bruxelles.
Ces atteintes sans équivalent au sein de l’Union européenne, sont symbolisées par l’interdiction des marches des fiertés, un pas que seul Viktor Orban a osé franchir.
Son adversaire, le conservateur Péter Magyar, dont le parti Tisza est en tête des intentions de vote, tout en répétant qu’il est pour l’égalité, s’abstient toutefois de prendre une position claire sur les droits LGBT+.
« Revenir aux lois qui étaient en vigueur avant les modifications apportées par Orban serait déjà un progrès », déclare M. Buzas-Habel à l’AFP dans un café de la ville de Pecs (sud), qui compte une forte population étudiante.
« L’opposition ne se positionne pas sur nos droits, il faut qu’on maintienne la pression », déplore ce militant rom et gay de 32 ans, poursuivi pour avoir organisé une marche des fiertés à Pecs en octobre.
Le sujet n’occupe pas une place centrale dans la campagne électorale, axée davantage sur le guerre en Ukraine et les liens avec l’UE ou la Russie.
– « Bouffée d’oxygène » –
Pourtant, plus de 200.000 personnes avaient bravé le gouvernement en défilant dans les rues de Budapest en juillet. Un camouflet pour Viktor Orban, de retour au pouvoir depuis 2010.
« C’était comme une bouffée d’oxygène après toutes ces réformes qui veulent nous asphyxier », se remémore Hella Zsirka, femme trans et responsable par intérim de l’association LGBT+ Hatter Society.
La jeune militante de 26 ans a pu modifier son état civil avant l’entrée en vigueur en 2020 d’une loi l’interdisant, suivie par d’autres, comme celle bannissant la « promotion » de l’homosexualité ou de la dysphorie de genre auprès des mineurs.
Saisie, la plus haute juridiction de l’UE ne s’est toujours pas prononcée sur la conformité de ces législations au droit européen, que la Hongrie s’était engagée à respecter lors de son adhésion en 2004.
Or le temps presse selon Hella Zsirka, qui souligne que ces durcissements législatifs attisent les comportements hostiles envers la communauté LGBT+.
Un couple de lesbiennes, qui se tenaient par la main dans le tramway de la capitale, a par exemple été menacé par un homme armé d’un couteau.
« Devant le tribunal, l’agresseur a déclaré qu’il était dans son bon droit, puisqu’Orban le disait », raconte Hella Zsirka.
Comme de nombreux autres militants, elle se dit « déçue » que Péter Magyar ne vole pas au secours de leur cause.
Cependant, pour Andrea Virag, la directrice stratégique du groupe de réflexion libéral Republikon, cela s’explique tactiquement.
Pour l’emporter, il lui faut convaincre « davantage d’électeurs des petites villes » et des campagnes, plus conservateurs, en partant du principe que l’électorat urbain lui est acquis, souligne-t-elle.
Le parti Fidesz de Viktor Orban n’est lui plus très prolixe sur le sujet, car il avait sous-estimé la réaction de solidarité de la population après l’interdiction des défilés, selon l’analyste.
– Plus de chauffage –
Le répit est seulement provisoire, estiment toutefois les défenseurs des minorités sexuelles, qui redoutent un nouveau tour de vis si le Fidesz l’emporte.
Laszlo Köver, le président du Parlement, a publiquement dit qu’il ne voulait plus jamais voir de marches des fiertés dans les rues du pays de 9,7 millions d’habitants.
« Cette question sera traitée après les élections », a déclaré à l’AFP le porte-parole du Fidesz, Balazs Nemeth, sans plus de précisions.
En attendant, les militants des droits humains ont des problèmes très concrets à gérer. L’ONG Diverse Youth Network de Geza Buzas-Habel n’a par exemple jamais eu les moyens de chauffer ses locaux, faute de financement.
Lui-même a perdu son emploi d’enseignant dans un lycée en 2024, après un ordre venu selon lui « d’en haut ». Et y compris dans les établissements réputés libéraux où il a postulé, on lui a demandé « d’attendre le résultat du vote ».
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