jeudi, janvier 29
Le chef d’un gang de Port-au-Prince, le 6 octobre 2025.

Médecins sans frontières (MSF) a alerté, jeudi 29 janvier, contre la systématisation des violences sexuelles à Port-au-Prince, la capitale d’Haïti, où selon l’ONG ces agressions sont utilisées par les bandes criminelles pour « semer la terreur » au sein de la population.

« Dans la capitale haïtienne, les violences sexuelles et sexistes ont connu une recrudescence alarmante depuis 2021. Elles sont désormais utilisées de manière systématique comme un moyen de semer la terreur parmi la population et affectent de façon disproportionnée les femmes et les filles », affirme MSF dans un rapport.

Le document s’appuie sur des données médicales et des témoignages collectés pendant dix ans au sein de la clinique Pran Men’m, une structure créée par l’organisation en 2015, spécialisée dans la prise en charge des victimes de ces violences. Ces données révèlent selon MSF que, depuis 2021, le nombre de victimes de ces violences a « presque triplé ».

Il est passé « d’une moyenne de 95 admissions mensuelles en 2021, à plus de 250 en 2025 », explique Diana Manilla Arroyo, cheffe de mission de MSF en Haïti, citée dans un communiqué. Selon elle, cela « démontre à quel point l’explosion de la violence de ces dernières années en Haïti a eu des répercussions directes sur le corps des femmes et des filles de Port-au-Prince ».

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Des victimes de tous âges et une prise en charge difficile

Haïti, et en particulier sa capitale, subissent depuis de nombreuses années la violence des bandes criminelles, qui commettent meurtres, viols, pillages et enlèvements. La situation s’est même aggravée depuis le début de 2024, quand le premier ministre de l’époque, Ariel Henry, a été poussé à la démission par ces groupes armés.

Le rapport montre que des femmes et des filles de tous âges sont prises pour cible, et que près d’un cinquième des victimes prises en charge à Pran Men’m ont subi des violences « à de multiples reprises ». En outre, il établit que depuis 2022 57 % des victimes ont déclaré avoir été agressées par des membres de groupes armés, souvent dans le cadre d’agressions collectives. Plus de 100 patients et patientes ont déclaré avoir été agressés par 10 personnes ou plus à la fois.

MSF ajoute être souvent dans l’incapacité d’orienter ses patients vers des refuges sûrs, des solutions de relocalisation ou un appui à la subsistance, « pourtant indispensables à une prise en charge complète ».

Dans son rapport, MSF appelle les acteurs chargés de la sécurité œuvrant à Port-au-Prince à reconnaître que ces violences « sont utilisées comme armes contre la communauté », et à former leur personnel aux questions de violences sexuelles et aux méthodes à appliquer « pour assurer un aiguillage digne et éthique vers les services médicaux et autres programmes de soutien ». Depuis dix ans, la clinique Pran Men’m a fourni des soins médicaux et psychosociaux complets à près de 17 000 personnes, dont 98 % de femmes et de filles.

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Le Monde avec AFP

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