jeudi, février 5

LETTRE DU BENELUX

Portrait d’Emile Verhaeren par Théo Van Rysselberghe (1915).

Au milieu d’une région d’eau et de plaines, des visiteurs sont parvenus jusqu’au village flamand de Sint-Amands (Saint-Amand), à l’écart des grands axes reliant Bruxelles et Anvers. Venus de Nancy pour certains, de Colombie pour d’autres, ils ont laissé quelques mots dans le livre d’or du musée. Au premier étage de la bâtisse qui abrite la bibliothèque municipale, Rik Hemmerijckx entretient dans ce lieu discret la mémoire du poète Emile Verhaeren, né ici en 1855 et mort à Rouen en 1916 après avoir chuté accidentellement sous les roues d’un train.

Un autre pays s’attacherait sans doute à honorer dignement un artiste majeur dont l’œuvre fut encensée par Stéphane Mallarmé, André Gide, Auguste Rodin, Stefan Zweig et Rainer Maria Rilke. Ainsi que par ses compatriotes, le peintre James Ensor et Maurice Maeterlinck, celui qui décrocha en 1911 le prix Nobel de littérature dont avait rêvé son confrère. Mais en Belgique, royaume à l’identité instable, qui « excelle dans une sorte de relativisme dadaïste à propos de tout et de rien », selon l’écrivain Stefan Hertmans, on n’aime pas trop le brillant des célébrations. Même si Verhaeren joua un rôle majeur dans l’éclosion du symbolisme, un vaste mouvement de renouveau artistique et même si sa poésie lyrique a été traduite et commentée dans le monde entier, il n’a donc droit qu’à ce tout petit musée dans son village, « une place minime et quelques rues, avec un Christ au carrefour, et l’Escaut gris », écrivait-il.

Il vous reste 73.83% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Share.
Exit mobile version