Un monstre. Le cyclone tropical Narelle balaye, ce vendredi 27 mars, la côte nord-ouest de l’Australie-Occidentale, entraînant des rafales à plus de 220 km/h, suffisamment fortes pour faire trembler les bâtiments. Cet événement extrême a aussi provoqué des coupures de courant dans trois des plus grands sites de production de gaz naturel liquéfié au monde, dans un contexte de grave crise des hydrocarbures liée à la guerre au Moyen-Orient.
Ce qui fait de Narelle le pire cyclone depuis plus de vingt ans en Australie, après Ingrid en 2005, est sa longévité et sa trajectoire avec des multiples impacts, explique le météorologue Adrien Thomas, dans un article pour La Chaîne météo. Les températures record enregistrées dans la mer de Corail, supérieures de 0,5 à 1,0 °C à la normale, lors du passage de Narelle ont contribué à « l’intensification rapide » du cyclone, souligne aussi Steve Turton, professeur associé de géographie environnementale à l’université publique du Queensland, dans The Conversation.
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De catégorie 4 sur l’échelle de Saffir-Simpson, qui va jusqu’à 5, le cyclone pourrait faire le tour de l’Australie en quelques jours. Le Guardian a d’ailleurs mis en ligne une carte pour suivre en direct la trajectoire exceptionnelle de Narelle, qui a frappé l’extrême nord du Queensland la semaine dernière, avant de traverser le Territoire du Nord et de poursuivre sa route vers l’ouest jusqu’à l’océan Indien.
Des pays dépendants du GNL australien
Le cyclone n’a même pas fini sa route que les dégâts qu’ils causent sont déjà énormes : des centaines de maisons ont été inondées par des pluies torrentielles, une cinquantaine d’écoles ont été fermées et les coupures de courant se comptent par dizaines.
Des pannes ont notamment affecté, jeudi après-midi, trois immenses sites de production de gaz naturel liquéfié (GNL). Deux sites exploités par Chevron, Gorgon et Wheatstone, fournissent à environ 5 % du GNL mondial selon l’entreprise. Le troisième site, l’usine de Karratha de Woodside, traite le gaz provenant de l’une des plus importantes exploitations gazières offshore du monde.
« Cette perturbation » arrive « au pire moment » car elle vient réduire encore davantage les approvisionnements en carburant déjà mis à rude épreuve par la guerre au Moyen-Orient et « ne contribue guère à rassurer les importateurs de GNL quant à la fiabilité de l’approvisionnement », a déclaré à l’AFP Josh Runciman, analyste du secteur gazier.
Les prix du GNL dans certains pays d’Asie qui dépendent fortement des importations de carburants, notamment de l’Australie, ont plus que doublé depuis le début du conflit, le 28 février. Par exemple, 40 % du GNL du Japon provient d’Australie, selon l’Association asiatique du gaz naturel et de l’énergie. Le Qatar, sur le podium des exportateurs mondiaux de GNL derrière les États-Unis, a, lui, vu ses exportations chuter avec le conflit, les méthaniers évitant le détroit d’Ormuz fermé de facto.
Les exportations australiennes « plus essentielles que jamais »
Le président américain Donald Trump a partiellement apaisé les marchés de l’énergie jeudi après son annonce de repousser pour la deuxième fois l’expiration de l’ultimatum fixé à l’Iran pour rouvrir le passage maritime stratégique. Mais ils restent méfiants ce vendredi, le baril de Brent de la mer du Nord, référence mondiale, dépassant toujours les 100 dollars.
Le directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Fatih Birol, avait déclaré que les exportations australiennes de GNL étaient devenues « plus essentielles que jamais ». « Mais l’Australie ne pourra pas, à elle seule, compenser l’intégralité du manque de GNL en provenance du Moyen-Orient », avait-il précisé lors d’un déplacement à Canberra en début de semaine.
Alors que les bénéfices de l’industrie du GNL devraient augmenter dans le sillage de la crise, des médias australiens ont rapporté que l’Australie envisagerait d’instaurer une nouvelle taxe sur les bénéfices exceptionnels des exportateurs.
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