mardi, avril 7

C’est l’histoire d’une femme de 22 ans qui, en pleine nuit, avale un écouteur sans fil. Dans une pièce mal éclairée, souhaitant prendre un antalgique pour des douleurs abdominales passagères, elle confond une gélule avec un objet d’un tout autre genre : un écouteur Bluetooth. Il est deux heures du matin. Le geste est machinal, l’erreur immédiate.

Moins d’une heure plus tard, elle se présente aux urgences d’un hôpital de Bangalore (Inde), rapportent des médecins urgentistes dans un article paru le 2 avril 2026 dans la revue en ligne Cureus. La patiente est parfaitement consciente, stable sur le plan hémodynamique et ne présente aucun symptôme : pas de douleur, pas de gêne à la déglutition, pas de vomissements. L’examen clinique est strictement normal.

Radiographie abdominale. Présence d’un écouteur sans fil dans le tube digestif.

Une radiographie abdominale est réalisée. Elle localise sans ambiguïté le corps étranger. L’écouteur a déjà franchi l’estomac et se situe dans la deuxième portion du duodénum, c’est‑à‑dire au‑delà du pylore, zone de transition entre l’estomac et l’intestin grêle. Or le profil de risque change de façon notable dès qu’une pile, ou un dispositif qui en contient une, a dépassé l’estomac. Plusieurs études montrent que, chez des patients asymptomatiques, les piles situées au‑delà du pylore peuvent souvent être prises en charge de façon conservatrice, sous simple surveillance rapprochée.

Les urgentistes sollicitent alors leurs collègues gastro‑entérologues. Que faire : intervenir d’emblée par endoscopie pour récupérer l’objet, ou privilégier une attitude attentiste ?

La présence d’une batterie inquiète, mais il s’agit ici d’une batterie lithium‑ion polymère encapsulée dans une coque plastique rigide, très différente des piles bouton impliquées dans les brûlures de l’œsophage chez l’enfant. Ces dernières peuvent provoquer, en quelques heures, des lésions caustiques sévères, notamment dans l’œsophage, liées à une fuite alcaline, à des lésions thermiques et à une décharge électrique.

À l’inverse, les batteries lithium‑ion polymère des écouteurs sont enfermées dans une coque plastique ou métallique scellée, conçue pour éviter les fuites et les décharges électriques. Dans un tel cas, les risques potentiels sont surtout l’obstruction mécanique, la nécrose par pression et la perforation.

Après discussion multidisciplinaire, les médecins optent pour une prise en charge conservatrice, fondée sur une surveillance clinique rapprochée et des radiographies répétées, plutôt que sur une endoscopie en urgence. Plusieurs éléments plaident en faveur de cette stratégie de surveillance (« wait-and-watch ») : le fait que l’objet a déjà dépassé le pylore, ce qui réduit le risque d’exposition prolongée de l’estomac et de lésions liées à la batterie, ainsi que le caractère non tranchant du corps étranger à l’imagerie et l’absence persistante de symptômes chez la patiente.

Attendre et surveiller

Des radiographies successives suivent le trajet de l’écouteur à travers le tube digestif. Six heures plus tard, il progresse vers la jonction entre le duodénum et le jéjunum, c’est‑à‑dire entre le premier et le deuxième segment de l’intestin grêle. Douze heures après l’ingestion, l’écouteur marque une brève pause dans le jéjunum, puis poursuit lentement son chemin pour probablement finir sa course dans la cuvette des toilettes.

Ce cas clinique illustre un principe fondamental en médecine : dans certaines situations, ne pas intervenir est parfois la meilleure décision. Encore faut-il évaluer correctement le risque, sachant que les complications potentielles liées à l’ingestion d’un corps étranger incluent l’ulcération de la muqueuse, l’obstruction, la perforation, l’hémorragie et l’infection.

Cinq jours plus tard, l’écouteur n’était plus visible sur les radiographies, preuve qu’il avait été expulsé par les voies naturelles.

C’est sans doute la première fois qu’un dispositif conçu pour se loger au creux de l’oreille est rapporté avoir quitté le corps humain… au terme d’un transit intestinal.

Pour en savoir plus :

Machado T, Nath A, Madtha J, Vaz A. To Intervene or Observe : Accidental Ingestion of a Wireless Earbud in an Adult. Cureus. 2026 Feb 4 ;18(2) :e102994. doi : 10.7759/cureus.102994

Lee SM, Baek SE, Lee CW, et al. Foreign Body Ingestion : Radiologic Evaluation, Findings, and Management. Korean J Radiol. 2025 Jul ;26(7) :638-649. doi : 10.3348/kjr.2025.0118

Tambakis G, Schildkraut T, Delaney I, et al. Management of foreign body ingestion in adults : Time to STOP and rethink endoscopy. Endosc Int Open. 2023 Dec 12 ;11(12) :E1161-E1167. doi : 10.1055/a-2201-6928

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