L’annonce tant attendue par les marchés devrait donc enfin tomber. Le président américain, Donald Trump, a dit, jeudi 29 janvier, qu’il dévoilera, vendredi, le nom de son candidat pour diriger la banque centrale américaine, la Réserve fédérale (Fed), alors que le mandat de l’actuel patron, Jerome Powell, prendra fin en mai.
Le dirigeant républicain a déclaré qu’il ferait connaître sa décision « demain matin », pendant un échange, jeudi soir, avec la presse à Washington, à l’occasion de la projection en avant-première d’un documentaire consacré à son épouse, Melania Trump. Il a seulement assuré avoir choisi « quelqu’un de très bien ».
Le milliardaire de 79 ans a donc décidé d’accélérer les choses, puisqu’il avait quelques heures auparavant déclaré qu’il attendrait la semaine prochaine pour révéler son choix. « Ce sera une personne qui, je pense, fera du bon boulot », avait-il dit pendant un conseil des ministres, répétant que les taux d’intérêt étaient aujourd’hui « trop hauts, intolérablement trop hauts ». Il avait alors également déclaré qu’il ferait son annonce aux côtés de « Scott et Howard et tout le monde », en référence au secrétaire au Trésor, Scott Bessent, et au ministre du commerce, Howard Lutnick.
Donald Trump affirme régulièrement depuis des semaines que son choix est fait et sur le point d’être révélé. Le président avait laissé entendre en décembre 2025 qu’il envisageait de nommer son conseiller économique Kevin Hassett, avant de sembler rétropédaler, expliquant avoir besoin de son talent pour défendre ses politiques à la télévision.
Outre M. Hassett, les derniers candidats en lice sont, selon l’exécutif, un ancien et un actuel gouverneur de la Fed (respectivement Kevin Warsh et Christopher Waller), ainsi que Rick Rieder, directeur des investissements chez BlackRock, le premier gestionnaire d’actifs au monde.
Une nomination qui passe par le Sénat
La Fed a décidé, mercredi, de laisser ses taux d’intérêt inchangés, après les avoir abaissés trois fois en autant de réunions, fin 2025. Dans la foulée, lors de sa traditionnelle conférence de presse, Jerome Powell a dit « croire » que l’institution monétaire ne perdra pas son indépendance. « J’espère sincèrement que cela n’arrivera pas », a-t-il ajouté.
Son successeur devra bien sûr savoir décrypter la première économie mondiale, mais il aura d’abord d’autres défis à relever. Donald Trump assume attendre du prochain patron de la Fed qu’il partage ses vues sur l’économie. Mais la volonté du président américain de peser sur la politique monétaire rend son candidat suspect aux yeux des investisseurs, qui chérissent l’indépendance de la banque centrale.
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Toute nomination à la tête de la Fed doit être confirmée par le Sénat. Le parti présidentiel y est majoritaire mais le sort de l’institution est l’un des rares sujets sur lequel des élus républicains manifestent publiquement leur désaccord avec Donald Trump. Certains ont ainsi pris ombrage de la procédure judiciaire récemment lancée par le ministère de la justice pouvant conduire à des poursuites pénales contre M. Powell, et largement interprétée comme une entorse de plus à l’indépendance de la banque centrale.
Membre de la commission du Sénat qui auditionnera le candidat du locataire de la Maison Blanche, le républicain Thom Tillis a fait savoir qu’il n’approuverait aucune nomination tant que cette procédure judiciaire n’aura pas rejoint les oubliettes. L’opposition démocrate, de son côté, accuse le président des Etats-Unis de vouloir placer des « marionnettes » à la Fed pour en prendre le contrôle.
Le comité fixant les taux directeurs, le FOMC, est composé de douze membres, souvent des docteurs en économie attachés à exposer leur sérieux académique. Certains sont réputés plutôt « colombes », c’est-à-dire enclins à mener une politique souple. D’autres au contraire « faucons », donc focalisés sur l’inflation et adeptes d’une ligne plus restrictive. Le président du FOMC est une voix influente mais il ne représente qu’un vote sur douze. Et si les responsables nommés par Donald Trump sont dans le camp des « colombes », celui des « faucons » reste bien garni.
Désamour
Autre inconnue : M. Powell pourrait rompre avec la tradition et rester à la Fed en tant que simple gouverneur – ce mandat-là n’expire pour lui qu’en 2028 – pour éviter de laisser son siège à un fidèle du président des Etats-Unis.
Jerome Powell était devenu président de la Fed en 2018 sur proposition de Donald Trump lui-même, du temps de son premier séjour à la Maison Blanche. Le milliardaire a très vite regretté ce choix et l’a fait savoir. Un tel désamour guette le prochain patron de la Réserve fédérale, si la politique monétaire n’évolue pas dans le sens voulu par le républicain.
Donald Trump n’a pas caché redouter ce scénario dans son discours à Davos (Suisse), en janvier, lors du Forum économique mondial : « En entretien, [les candidats pour la Fed] disent tout ce que je souhaite entendre, puis ils ont le boulot, ils sont là pour six ans [de mandat] et tout à coup ils augmentent les taux », a-t-il regretté, évoquant « une forme de déloyauté ».



