« Yapou, bétail humain », « Les différentes régions du ciel », « Frères Sœurs »… Nos idées de lectures

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LA LISTE DE LA MATINALE

De A comme Abécédaire – celui que dresse Michéa Jacobi autour des frères et sœurs – à S comme Saga intergalactique – celle que donne à lire Yapou, bétail humain, de Shozo Numa – en passant par le P de Phénoménologie (celle développée par Sophie Nordmann) ou de Poésie (en souvenir de Christian Bobin, mort le 23 novembre, et dont paraît une anthologie) et le R de Roman – tel Le Cartographe des absences, de Mia Couto… Il y en a, cette semaine, vraiment pour tous les goûts.

SAGA INTERGALACTIQUE. « Yapou, bétail humain », de Shozo Numa

Signé du pseudonyme de Shozo Numa, ce roman-fleuve déroule méticuleusement, sur près de 1 300 pages et 49 chapitres, les fastes hallucinants d’une saga intergalactique sadomasochiste. Cette odyssée des corps s’amorce en 1960, alors que l’aristocrate allemande Clara Von Kotwick et son fiancé, le judoka japonais Rinichiro Sebe, assistent à l’atterrissage accidentel d’un ovni venu du futur. A son bord Pauline Jansen, membre d’une famille de hiérarques de l’EHS, un « Empire de cent soleils » couvrant, deux millénaires plus tard, en 3970, la planète Karl de la galaxie de Sirius, planète où ont migré certains peuples terriens.

Transférés sur Karl, les deux héros découvrent le monde de Yapou : une gynocratie raciste et dictatoriale. La femme blanche y règne sans partage, dominant une société de soumis dont la hiérarchie intègre l’homme blanc féminisé, pitoyable caricature de l’ancienne condition imposée aux femmes, l’homme noir asservi, au statut d’être semi-humain, et surtout le Yapou, sous-être déshumanisé. Ce descendant lointain des Japonais est devenu un « bétail humain », un instrument charnel apte à remplir les fonctions de toutes formes d’objets et ustensiles, du fauteuil au sextoy.

Work in progress qui mit près de quarante ans pour adopter sa forme définitive – depuis sa parution fragmentaire, en 1956, dans la revue SM Kitan Club, jusqu’à son édition intégrale japonaise de 1999 –, Yapou, bétail humain s’avère avant tout un grand texte politique, la traduction érotico-cauchemardesque de la détresse du citoyen japonais d’après 1945. Exacerbé par le vertige érotique, Shozo Numa livre de ce désenchantement total une vision apocalyptique mélangeant la verve d’un Swift, la transe érotique d’un Sacher-Masoch, à l’ordonnancement planifié et disciplinaire du château sadien. F. An.

« Yapou, bétail humain » (Kachikujin yapu), de Shozo Numa, traduit du japonais par Sylvain Cardonnel, annexes inédites de l’auteur et postface du traducteur, Laurence Viallet, 1 392 p., 35 euros.

POÉSIE. « Les différentes régions du ciel », de Christian Bobin

Christian Bobin est décédé le 23 novembre, à l’âge de 71 ans. Que dire d’un écrivain qui parlait de la mort comme ce qu’il y a de plus secret et de plus précieux en nous ? Qui écrivait de la vie qu’elle est « la petite classe de l’éternel » ? Beaucoup croient le connaître. Ses zélateurs d’abord, conquis par Le Très-Bas (Gallimard, 1992), évocation poétique de saint François d’Assise, qui fit de lui une référence incontournable de lecteurs en quête de spiritualité. Mais ses détracteurs aussi, rebutés par ce qu’ils jugeaient être une littérature de sacristie.

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