« Un procès autour d’Andy Warhol pourrait avoir de rudes conséquences pour les musées et l’avenir de l’art »

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Un procès autour de l’artiste Andy Warhol pourrait-il fragiliser l’avenir de l’art occidental ? Bigre. Le New York Times vient de poser la question en plusieurs articles. D’autres journaux aussi. Que des revues juridiques, des universitaires ou des musées aillent dans le même sens traduit une certaine fébrilité. Le dossier est entre les mains de la Cour suprême américaine, dont on attend la décision dans les jours prochains.

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Cette histoire remonte à 1984, quand le pape du pop art aux cheveux peroxydés réalise pour le magazine Vanity Fair un portrait de Prince, chanteur au succès planétaire avec l’album Purple Rain. L’artiste, qui a accompagné la société de consommation et la culture populaire, réalise son tableau d’après une image en noir et blanc de la photographe Lynn Goldsmith, spécialiste du rock. Pour cet emprunt, elle est rémunérée 400 dollars. Comme il l’avait fait avec Marilyn Monroe et Elvis Presley, Warhol agrandit, recadre, peint, sérigraphie un Prince à la peau violette sur fond orange.

Le problème est que Warhol a réalisé non pas un mais seize portraits de Prince en variant les couleurs. La photographe ne l’apprend qu’à la mort du chanteur, en 2016, avec la publication d’un « autre » Prince, cette fois tout orange, dans Vanity Fair. La Fondation Warhol, qui gère la postérité de l’artiste, touche 10 250 dollars du magazine ; Lynn Goldsmith, rien.

Cette dernière estime qu’elle doit être rémunérée chaque fois qu’un des seize Prince est publié dans un journal ou un livre. Le conflit est devant la justice depuis sept ans, soulevant une question épineuse autour de l’intensité de l’emprunt. La fondation doit convaincre les juges que les interventions de Warhol sont « substantielles » afin de bénéficier du fair use (« usage loyal ») et ne payer aucun droit à la photographe.

L’emprunt comme ressort créatif

En première instance, la justice a donné raison à la fondation, estimant que Warhol avait transformé Prince en « icône ». Mais la cour d’appel a considéré au contraire qu’elle n’avait pas à « jouer les critiques d’art », concluant que Warhol n’avait pas vraiment modifié la photo. Nous voilà devant la Cour suprême, où les neuf juges, en octobre 2022, ont échangé leurs arguments, passant du droit à l’art, digressant sur Steven Spielberg ou sur Jimi Hendrix. Et même sur leurs propres goûts.

L’exercice fut cocasse, nous apprenait le New York Times, le 12 octobre 2022. Par exemple, quand la libérale Elena Kagan a demandé au très conservateur Clarence Thomas pourquoi il était « fan de Prince dans les années 1980 et plus maintenant ». Ce dernier s’en est sorti par une pirouette dans une ambiance de rigolade. Sans que l’on sache qui l’emportera bientôt.

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