Un apéro avec Sonia Rolland : « En tant que métisse, vous vivez toujours le cul entre deux chaises »

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Elle aurait aimé un verre de gevrey-chambertin ou de nuits-saint-georges. « Nous n’avons plus de bourgogne, je suis désolé… », s’excuse le serveur du Tournesol, un restaurant du très chic 16e arrondissement, où Sonia Rolland a donné rendez-vous en début de soirée. « Pas grave… On tente le sancerre rouge ? », propose Miss France 2000, qui a passé une partie de son adolescence à Cluny, en Saône-et-Loire.

Sonia Rolland se présente sans fard, au naturel. Baskets blanches, pantalon et pull noirs, elle sort du boulot, n’a pas eu le temps de repasser chez elle « un peu plus loin » pour embrasser ses deux filles. En cette fin décembre, l’actrice monte depuis quelques semaines Un destin inattendu, un film qu’elle a réalisé et dont la date de sortie est encore à déterminer. Un biopic ? « La vie de Nadia, une basketteuse qui va devenir Miss France un peu par hasard, s’inspire effectivement de la mienne, répond-elle. Mais j’y ai mêlé plein d’autres histoires. C’est une fiction réaliste, un film qui raconte comment le destin d’une fille peut changer en une seconde. »

« En devenant Miss France, j’ai vécu un conte de fées social et moderne »

Le sien a basculé en décembre 1999, devant des millions de téléspectateurs : Miss Bourgogne est élue Miss France, la première d’origine métisse. « D’où vous vient ce joli teint hâlé ? », lui a demandé quelques instants auparavant Jean-Pierre Foucault. Du Béarn par son père et du Rwanda par sa mère, un pays qu’elle a quitté, via le Burundi, dix ans plus tôt, « avec une valise et un album de famille », pour fuir le génocide des Tutsi. « A partir de là, j’ai compris que je ne pouvais plus me planter, se rappelle Sonia Rolland. J’étais fière de représenter la France que j’adore mais j’étais fière aussi de représenter l’Afrique. En devenant Miss France, j’ai vécu un conte de fées social et moderne. Ce qui a été difficile, c’est que je devais aussi représenter le milieu ouvrier d’où je viens. Devenir Miss France n’est pas gagner au loto. On obtient un statut, une vie publique, de l’argent, mais pour votre entourage, rien ne change. Il m’a fallu gérer cette culpabilité. »

« Des moments pathétiques »

A 18 ans, son diadème tout juste posé sur la tête, elle est conduite à l’Hôtel Crillon, place de la Concorde, où elle passe sa première nuit en tant que reine de beauté. Soudain, le téléphone de sa suite royale retentit. A l’autre bout du fil, Agathe Habyarimana, la veuve de l’ancien président rwandais, réfugiée en France où elle est poursuivie depuis 2007 pour ses liens présumés avec les génocidaires hutu. « J’étais terrorisée, se souvient Sonia Rolland. Elle voulait me féliciter. Mais comment a-t-elle pu franchir tous les obstacles pour appeler Miss France dans sa chambre, la nuit même de son élection ? Elle devait avoir des contacts très haut placés. »

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