Théâtre : Delphine Seyrig et Carole Roussopoulos, deux « insoumuses » bien vivantes sur scène

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Allez, on rembobine ! On appuie sur le bouton retour arrière, on repart vers ce que l’on appelle souvent, un peu vite, la « parenthèse enchantée » des années 1970, et surtout vers deux figures féminines qui ont marqué l’époque : l’actrice Delphine Seyrig (1932-1990) et la réalisatrice Carole Roussopoulos (1945-2009). Les deux femmes étaient amies. Elles inspirent, en cet automne, trois spectacles tous signés par des femmes, et tous très réussis : Rembobiner, par le collectif Marthe ; Discussion avec DS, de Raphaëlle Rousseau ; Delphine et Carole, de Marie Rémond et Caroline Arrouas. A cela, il faut ajouter Jeanne Balibar, qui, dans son spectacle Les Historiennes (que nous n’avons pas vu), évoque également Delphine Seyrig.

L’actrice de Resnais, de Duras ou de Truffaut a tout pour jouer le rôle de bonne fée des féministes de la nouvelle génération, avec son mélange d’engagement et d’élégance. Mais ce regain d’intérêt a des raisons plus profondes, à l’heure de la vague #metoo, des interrogations sur le male gaze (« regard masculin ») et sur la manière dont le cinéma a contribué à stéréotyper les rôles féminins. Delphine Seyrig a été l’une des premières à s’interroger et à s’exprimer sur ces questions.

Combats sociaux

Carole Roussopoulos aussi est une pionnière. En 1968, elle est la deuxième personne en France (après… Jean-Luc Godard, avec qui elle partage la nationalité suisse) à faire l’acquisition du tout premier enregistreur vidéo portable disponible pour le grand public : la Portapak de Sony. Cette caméra légère et mobile, elle va l’utiliser comme un formidable outil pour donner la parole à tous les combats sociaux et féministes du temps – pour donner, surtout, une visibilité à des femmes qui n’en avaient pas, qu’elles fussent agricultrices ou assistantes maternelles.

Dans les trois spectacles, le politique, l’intime et le ludique se mêlent, indissolubles

Les trois spectacles distribuent de manière différente ces deux figures. Rembobiner est surtout centré sur Carole Roussopoulos ; Discussion avec DS, comme son nom l’indique, exclusivement sur Delphine Seyrig ; Delphine et Carole met en scène les deux femmes à égalité, et leur amitié. Du premier, on pourrait dire qu’il est plus politique, le deuxième est plus intime, et le troisième plus ludique. Mais dans les trois, le politique, l’intime et le ludique se mêlent, indissolubles : ce sont de jeunes actrices qui prennent la parole, et leur métier, ce qu’il implique à la fois de réflexion et de jeu, est au cœur même de ce qu’elles ont à dire.

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