« The Wonder », sur Netflix : mensonge et miracle au lendemain de la Grande Famine irlandaise

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On a toujours peur de voir les acteurs disparaître dans leurs collants de super-héros. Le spectacle de Florence Pugh (citoyenne du Marvel Cinematic Universe depuis qu’elle a pris le rôle de Yelena Belova dans Black Widow, en 2021) déployant toute sa puissance d’expression dans un rôle ambitieux et complexe est une raison suffisante pour recommander la vision de The Wonder, huitième long-métrage du réalisateur chilien Sebastian Lelio, que Netflix met en ligne le 16 novembre. Ce n’est pas la seule. Situé en Irlande, au lendemain de la Grande Famine, The Wonder s’aventure à la frontière entre croyance et folie, interrogeant sans relâche ses personnages et ses spectateurs.

Le prologue du film se déroule dans un studio de cinéma, où l’on découvre le premier décor du film, une cabine de bateau, manière d’inviter à voyager en compagnie de Lib Wright (Florence Pugh), infirmière anglaise qui a servi pendant la guerre de Crimée au côté de Florence Nightingale (1820-1910), figure historique et pionnière des soins infirmiers modernes. Elle quitte Londres un jour hivernal de 1862, l’éclairage au gaz et les chemins de fer pour les sentiers boueux de l’intérieur de l’Irlande.

Dans un petit village, l’attend Anna O’Donnell (Kila Lord Cassidy), une adolescente qui assure ne pas avoir mangé depuis des mois et subsister par la grâce divine. Lib Wright a été invitée par les notables du lieu à établir la nature miraculeuse ou non de la survie d’Anna. Le prêtre de la paroisse (Ciaran Hinds) et le médecin (Toby Jones) aimeraient y croire, l’un pour la gloire de l’Eglise catholique, l’autre parce qu’il aurait découvert un phénomène inédit.

Paroxysmes mystiques

Le récit, adapté d’un roman d’Emma Donoghue (Little, Brown and Company, 2016, non traduit) par l’autrice, la dramaturge Alice Birch et Lelio, entrelace ces luttes de pouvoir et la relation de plus en plus étroite qui unit Lib Wright et Anna O’Donnell. Florence Pugh, d’abord purement impressionnante, se laisse emporter dans le flot de souffrances collectives (la Grande Famine, dont les blessures sont encore fraîches) et privées (les secrets de la famille O’Donnell) jusqu’à se départir de sa rigueur scientifique.

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Entre la jeune femme brillante, maintenue dans une position subalterne par les règles de la société victorienne, et l’adolescente en proie à des paroxysmes mystiques (que la jeune Kila Lord Cassidy incarne avec infiniment de délicatesse), l’abysse se comble peu à peu au fil de belles séquences méditatives, qui prennent souvent la forme de lents cheminements sur les sentiers qui quadrillent les landes irlandaises.

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