« The Old Man », sur Disney+, ou comment rester une machine à tuer avec un adénome de la prostate

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DISNEY+ – À LA DEMANDE – SÉRIE

Les personnes âgées… Il leur faut un certain temps pour se mettre en train. Un tiers d’épisode pour nous expliquer que ce vieillard-là, Dan Chase, retraité solitaire, passe des nuits pénibles, tourmenté à la fois par le fantôme de son épouse et par sa prostate. Au matin, il doute de l’intégrité de son esprit et demande à son médecin de famille de lui faire passer des tests cognitifs.

Si ce vieil homme n’avait pas les traits de Jeff Bridges, on se croirait à l’orée de la chronique d’une fin de vie. Mais ce septuagénaire n’est pas vraiment retraité. Il y a des décennies, il a fait mine de disparaître de la surface de la Terre pour se façonner une nouvelle vie, en compagnie de sa femme, Abbey (Hiam Abbass), et de leur fille, Emily. Dan Chase parle souvent à sa fille au téléphone. Au détour d’une conversation, il admet que quelque chose ne va pas.

Pour Dan Chase, les soucis ne viennent ni du taux de PSA ni des plaques amyloïdes, plutôt des tueurs à gages qui surgissent soudain derrière ses pas pesants. Rien de tel pour donner un coup de jeune, et l’on s’aperçoit rapidement que le vieil homme a de beaux restes. Avec l’aide des deux molosses qui ne le quittent jamais, il se débarrasse de ses assaillants avant de se lancer dans une cavale éperdue, qui sera ponctuée de variations sur ce premier épisode violent et sèchement mis en scène.

Intérêt ludique

Cette fuite donne le tempo de The Old Man, thriller dont on comprend vite qu’il relève de l’espionnage. Les créateurs et scénaristes, Jonathan E. Steinberg et Robert Levine, ajoutent progressivement d’autres fils narratifs. Du côté de Washington (DC), Harold Harper (John Lithgow), un directeur adjoint du FBI au port patriarcal, suit l’affaire de près. Des flash-back d’une qualité remarquable (pour des flash-back) retracent la généalogie des rapports entre Chase et Harper, jusqu’aux montagnes afghanes, dans les années 1990.

En quatre épisodes (ceux que l’on a pu voir, sur les sept que compte la saison), The Old Man permet aux personnages de s’épanouir tout en tissant une toile d’araignée, faite de rancœurs recuites et de géopolitique, qui vaut celles que savait broder Robert Littell, dans ses romans d’espionnage (le scénario est tiré d’un livre de Thomas Perry, de 2017). Le soin avec lequel les personnages secondaires sont dessinés égale l’ordonnancement des rebondissements (et celui qui conclut le troisième épisode est un modèle du genre).

C’est assez pour que la série suscite un intérêt ludique. Si elle s’élève au-dessus de ce niveau de distraction pour émouvoir souvent, c’est grâce à Jeff Bridges. De La Dernière Séance (1971) à The Big Lebowski (1998), l’acteur est intimement lié à une certaine idée de l’adolescence. Il endosse ici la violence et le cynisme inhérents aux guerres secrètes sans renoncer à son charme, à son apparente innocence, produisant un personnage aussi séduisant qu’inquiétant, comme le prouve sa manière de placer sous son emprise une femme croisée au fil de sa cavale, personnage incarné avec une combativité remarquable par Amy Brenneman.

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