« Smile » : le sourire de la mort

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L’AVIS DU « MONDE » – A VOIR

Smile s’ouvre sur une longue scène qui instille son horreur au compte-gouttes : Rose Cotter (Sosie Bacon), qui travaille au sein d’une unité psychiatrique, s’entretient en tête à tête avec une patiente en détresse. Celle-ci se dit persécutée par une entité qu’elle seule voit : un être qui change souvent d’apparence et lui sourit avant de la menacer de mort. Sujette à une crise en pleine séance, la malade se fige dans un sourire avant de brutalement se suicider devant ses yeux. Pour toute intrigue, Smile évoque une psychose contagieuse qui, jusqu’ici, a frappé dix-neuf personnes et devrait bientôt faire une nouvelle victime. Car la santé mentale de Rose se détériore, la psychiatre souffre du même mal que sa patiente suicidée. Lâchée par son travail et son petit copain, elle décide de remonter aux origines du mal.

Lire la critique (en 2019, dans son intégralité) : Article réservé à nos abonnés Le Joker, superméchant bien de ce monde

Le cinéaste Parker Finn, qui signe son premier long-métrage, n’est pas le premier à utiliser le sourire comme l’expression physique du mal. Devant Smile, on pense évidemment à Joker (qui s’inspirait déjà de L’Homme qui rit) ou à la manière parfaitement diabolique dont Jack Nicholson sourit dans Shining (Stanley Kubrick, 1980) avant d’incarner Joker à son tour (Batman de Tim Burton, 1989). Parker Finn, qui s’inspire de son propre court-métrage Laura Hasn’t Slept (2020) explique : « J’étais curieux de savoir si on parviendrait à se servir d’une expression faciale réconfortante pour susciter la panique chez les spectateurs. »

Less is more

Ce sourire, c’est la marque d’un cinéaste qui assoit son horreur sur des effets simples, un less is more qui a déjà fait ses preuves : un travail de l’espace, souvent vide, qui encercle son héroïne, des effets réduits à leur portion congrue, et, l’appréhension inoculée au spectateur, de voir se dessiner un sourire sur la face d’un personnage. Si Smile ne révolutionne rien, et ne cherche surtout pas à le faire, son minimalisme narratif et formel est à saluer à une époque où les récits ne cessent de bander les muscles et de perdre leur spectateur dans un labyrinthe de vaine intelligence.

Malgré ses deux heures, Smile a la modestie d’une série B décharnée, où l’horreur, ici, dépend moins d’une débauche de violence que d’un travail du champ-contrechamp, où l’apparition d’un simple sourire détériore peu à peu l’esprit et le corps de l’héroïne, qui bascule lentement du statut de psychiatre à celui de cas clinique désespéré. Le vrai sujet de Smile – et, ce faisant, du film d’horreur – serait ce que l’angoisse fait au corps : le déforme, l’abîme, l’isole, le ternit – l’actrice Sosie Bacon se livre corps et âme à ce travail de dégradation. Le film prolonge une veine qui perçoit le film d’horreur comme une intensification du récit gothique (hérédité, folie, fantôme, maison hantée, incendie), l’histoire d’un visage de femme qui se dissout lentement dans l’image.

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