« Saloum » : un western horrifique au cœur de l’Afrique

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L’AVIS DU « MONDE » – À NE PAS MANQUER

Découvert au cours d’une projection de presse étrange – six personnes dans la salle 4 du CGR Lilas, à Paris, par un matin pluvieux, son désynchronisé durant les premières vingt minutes du film –, Saloum, de Jean-Luc Herbulot, n’en vaut pas moins un franc détour. L’histoire du film est, d’abord, une histoire de production. Herbulot, né en République du Congo, étudie le graphisme en France, travaille dans le milieu du cinéma à Los Angeles, réalise Dealer, un premier long-métrage ultraviolent tourné dans les rues du 18e arrondissement, sous les auspices du Pusher (1996), de Nicolas Winding Refn, et diffusé par Netflix en 2014. Il poursuit en réalisant une série policière au Sénégal, Sakho & Mangane, diffusée sur Canal+ Afrique.

Il réalise enfin Saloum, son deuxième long-métrage, en s’associant avec Pamela Diop – une jeune business woman franco-sénégalaise née à Paris, de longue date installée à Dakar – au sein de la structure Lacmé Studios, créée en 2019. Deux coproducteurs, l’un américain (Hus Miller), l’autre français (Alexis Perrin), glanent les 700 000 euros nécessaires à l’affaire grâce à des investissements privés.

Le film met en scène les aventures des Hyènes de Bangui, un trio de mercenaires composé de Chaka (Shaft ressuscité), Rafa (punk mandingue) et Minuit (sorcier rastafari peroxydé). Lesquels, exfiltrant un baron de la drogue latino et quelques kilos d’or de Guinée-Bissau vers Dakar, au Sénégal, sont contraints de poser leur avion dans la région, riche en mangrove, de Sine Saloum. Là, ils échouent dans une sorte de camp de vacances où personne n’est ce qu’il prétend être. Ce jovial patron de l’établissement, qui se trimballe un passé de tortionnaire gros comme la maison. Cet inoffensif ami de passage, qui pourrait éventuellement être de la maison poulaga, avec sa brigade disséminée aux alentours. Cette jeune et jolie castagneuse sourde et muette qui sait à peu près tout sur eux. Et jusqu’à Chaka lui-même, qui, voulant régler un compte qui déchaînera les esprits autochtones, a peut-être forcé le hasard en menant ses compagnons jusqu’à cet endroit.

Splendeurs fluviales

Jean-Luc Herbulot, dans le dossier de presse, théorise son film comme le premier « southern » du cinéma, soit un western du Sud sous la bannière duquel un nouveau cinéma africain pourrait créer son propre genre. En vérité, Saloum tire sa force et son charme d’être beaucoup plus mélangé, foisonnant, impur, que cela. Western, sans doute, mais sans doute pas le premier – Touki Bouki (1973), de Djibril Diop Mambéty, pourrait aussi bien y postuler –, mais aussi bien film de vengeance, film d’horreur, film d’aventures et, pourquoi pas, film ethnographique, puisque, non moins que celle de Park Chan-wook, l’ombre de Jean Rouch plane sur les splendeurs fluviales de Saloum et que les esprits du lieu s’y déchaînent.

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