« Russie. Le Laboratoire syrien », sur Arte : quand l’Occident restait l’arme au pied face à Poutine

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ARTE – MARDI 1ER NOVEMBRE À 22 H 25 – DOCUMENTAIRE

Les images de Marioupol dévastée par les bombardements russes au printemps ont ravivé le souvenir de Grozny et du martyre d’Alep en 2016. Face à la stratégie de la terre brûlée déployée par Moscou contre un ennemi qu’elle a érigé en mal absolu, ici « le nazi », là « le terroriste », l’Ukraine et la Syrie ont désormais destins liés.

La guerre civile au pays des Assad a été le terrain d’entraînement de l’armée russe et le lieu de projection des ambitions de Vladimir Poutine. « La Syrie a été le laboratoire de la Russie pour préparer son intervention en Ukraine », résume Andrew Tabler, ancien membre du Conseil de sécurité nationale à Washington, dans le documentaire Russie. Le laboratoire syrien.

De Russie en Syrie, d’Europe aux Etats-Unis, la journaliste Edith Bouvier a mené l’enquête. Au travers des témoignages de responsables américains, russes et français, d’experts ainsi que d’opposants syriens, la journaliste, rompue au terrain syrien, éclaire dans un récit fouillé la manière dont l’intervention en Syrie, encouragée par le renoncement occidental, a façonné la politique extérieure du Kremlin au cours de la dernière décennie et conforté l’aventurisme de Vladimir Poutine en Ukraine.

Une amitié ancienne

L’amitié qui unit la Russie et la Syrie est ancienne. Elle remonte au temps où l’Union soviétique apportait son soutien à Hafez Al-Assad pour asseoir son pouvoir après le coup d’Etat de 1970. Lorsque son fils Bachar cherche des alliés pour mater la contestation qui fait rage dans le pays depuis 2011, avec le soutien des Occidentaux, il se tourne vers l’Iran et l’ancien allié russe. Moscou a la même aversion pour les « printemps arabes » que pour les « révolutions de couleur ». L’interventionnisme occidental en Irak puis en Libye l’a échaudé. Des veto au Conseil de sécurité des Nations unies à l’envoi de mercenaires du Groupe Wagner, la Russie est prête à tout pour maintenir le président Assad au pouvoir et pour soutenir la répression qu’il mène contre son peuple.

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« Pour Vladimir Poutine, l’objectif est de réduire autant que possible l’influence de l’Occident. Je pense que les Etats-Unis auraient dû s’en rendre compte plus tôt », commente l’ancien président français François Hollande. Le revirement américain en Syrie va servir les ambitions de Vladimir Poutine. Le tournant intervient le 21 août 2013 lorsque du gaz sarin s’abat dans une zone tenue par l’opposition près de Damas, tuant plus de 1 400 personnes, dont 500 enfants. La ligne rouge définie un an plus tôt par le président américain Barack Obama est franchie. Il décide pourtant de ne pas intervenir.

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Moscou y voit un aveu de faiblesse et une occasion à saisir. Six mois plus tard, la Russie envahit la Crimée. A l’automne 2015, elle lance une offensive en Syrie pour voler au secours de Bachar Al-Assad, qui a perdu la majeure partie de son territoire, sous couvert de lutte antiterroriste. Les djihadistes de l’organisation Etat islamique (EI), qui se sont emparés de l’est du pays, ne sont pourtant pas une priorité de Moscou. La principale cible de la violence brutale du régime de Damas et de son parrain russe est l’opposition. Elle perd peu à peu du terrain, condamnée par la passivité de l’Occident. « Si les Américains avaient été plus actifs en Syrie, Poutine y aurait réfléchi à deux fois avant d’envahir l’Ukraine », conclut Andrew Tabler.

Russie. Le Laboratoire syrien. Documentaire d’Edith Bouvier (Fr. 2022 – 53 minutes).

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