remercié, Bertrand Renard évoque « une triste affaire »

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Bertrand Renard, le roi moustachu du calcul mental, un pilier Des chiffres et des lettres depuis 1975, ne sera pas de la nouvelle version de l’émission, à la rentrée. Pas plus que sa consœur Arielle Boulin-Prat. Nous avons joint hier l’animateur. Il réagit à la polémique sur leur rythme de travail après les dernières déclarations de France Télévisions et évoque leur statut d’intermittents du spectacle, au sein du groupe France Télévisions.

Lundi, vous révéliez, à travers un communiqué, que vous avez travaillé tous les deux en CDD pendant des années pour Des chiffres et les lettres. Pourquoi n’avez-vous jamais obtenu de CDI ?

Tout simplement parce que, tous les salariés le savent, ce sont très rarement les entreprises qui vous proposent ce genre de choses. Deuxièmement parce que les interlocuteurs changent constamment à France TV. Et que dans les grandes chaînes comme la notre, il faut gérer à la fois ce qui est de l’ordre de la production et de l’information. Moi, j’ai toujours été partagé, avec un pied dans Des chiffres et des lettres (émission produite) et un autre à la rédaction.

Lire aussi : Des chiffres et des lettres. Départ des animateurs, CDD, nouvelle grille… La polémique en 5 actes

On oublie trop que vous êtes aussi journaliste ?

J’ai été chroniqueur deux ans à Télématin, puis à L’assiette anglaise, l’émission culturelle de Bernard Rapp, dans les années 1980. J’ai fait des remplacements d’été au service Culture dans les années 2000. Je co-anime depuis sept ans sur FranceInfo Culture, ex CultureBox, un blog sur la musique classique et sur les opéras. Je suis un des deux journalistes musique classique au sein de cette énorme rédaction qu’est France info.

J’ai fait 450 articles dans ce blog depuis 2015. C’est une activité permanente dont les directeurs ne semblent pas véritablement au courant… J’ai fait des propositions pour rebondir à la rédaction France Info Culture. C’est beaucoup plus compliqué qu’on ne peut le croire. Il faut aussi préciser que nous avons des contrats d’exclusivité. On ne peut pas s’amuser à voir notre trombine sur TF1 ou sur M6 étant donné qu’on a une image France TV. C’est une exclusivité de fait qui n’est pas compensée par une intégration. J’ai peut-être fait longtemps preuve d’insouciance et n’ai pas assez insisté.

« Nous n’avons jamais été des privilégiés dans le monde de la télé »

Combien de jours travaillez-vous par an pour l’émission ? Le groupe public a parlé hier dans un nouveau communiqué de 35 à 40 jours seulement par an, regroupés en 6 à 8 sessions ?

Il faut considérer que depuis trois ou quatre ans, nous sommes passés de six à sept émissions enregistrées par jour, au cours de ces sessions. Il est évident que cela augmente le nombre de journées passées à France Télévisions. Cette estimation ignore aussi complètement la partie interactive de l’émission, « Les duels », créée il y a une vingtaine d’années. Les téléspectateurs envoient des questions culturelles, des propositions de duels de chiffres, qu’il faut dépouiller, tester. Tout ce travail-là qui, dans des émissions comme Questions pour un champion, est fait par une rédaction, c’est Arielle, moi, et d’autres membres de l’équipe qui l’effectuons.

Par ailleurs, nous sommes employés en tant qu’intermittents du spectacle. Mais nous n’avions pas non plus nos 507 heures, le minimum annuel pour pouvoir bénéficier d’allocations-chômage. Contrairement à ce que pourrait laisser croire la rumeur, nous n’avons jamais été des privilégiés dans le monde de la télé.

Et en ce qui concerne votre salaire ?

On est plutôt aux alentours de 40 000 € que de 50 000 € brut par an, comme cela a été dit. Et nous ne sommes pas payés pour les rediffusions estivales de l’émission. La proposition de 60 € d’augmentation par journée de tournage (la faisant passer de 240 € à 300 €), a été vraiment la dernière qui nous a été faite avant de nous remercier. On est dans des arguties de comptables qui sont un peu navrantes. Le sujet était surtout, pour nous, de demander une reconnaissance pour avoir contribué à l’image de France Télévisions au sein d’une émission qui fait partie du patrimoine télévisuel.

Dans l’organigramme de France TV, on ne nous trouve pas. On n’a pas de bureau véritablement indiqué. Nous n’existons pas, alors que nous sommes tous les jours à l’antenne. On a été d’autant plus surpris de la décision de France 3 de basculer le jeu le week-end que l’on n’avait jamais fait d’aussi bonnes audiences que ces dernières années. Avec le Covid, le télétravail, les gens n’ont jamais autant regardé la télévision. Ils nous ont retrouvés, des jeunes nous ont découverts.

« Peut-être qu’on nous trouvait trop vieux »

Cela dit, vous avez 67 ans, il faut bien s’arrêter un jour…

Bien entendu. Peut-être qu’effectivement, on nous trouvait trop vieux. Mais ça n’a jamais été dit. La question des seniors dans les entreprises, le fait qu’on s’en débarrasse sous prétexte qu’ils sont peut-être plus difficiles à manager, c’est un problème absolument consternant et considérable. Parce qu’on se prive aussi d’une mémoire.

Vous connaissez bien votre successeur ?

C’est un garçon de 45 ans, Stéphane Crosnier, avec qui j’ai des relations cordiales puisque c’est aussi un ancien candidat. Sauf que moi, j’ai été embauché au bout de six mois. Lui, exerce une activité professionnelle dans un autre domaine que la télé. Il est aussi dans l’immobilier. Je n’ai que de la sympathie pour lui et lui souhaite bon vent.

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