Rabah Ameur-Zaïmeche, réalisateur du « Gang des Bois du Temple » : « Filmer une bande, c’est comme observer des grands fauves dans la savane »

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Né en 1966 à Beni Zid en Algérie, débarqué deux ans plus tard dans la cité des Bosquets à Montfermeil, en Seine-Saint-Denis, Rabah Ameur-Zaïmeche a surgi dans le cinéma français du début des années 2000 sans demander la permission, avec un constat sans appel sur le malaise des banlieues (Wesh wesh, qu’est-ce qui se passe ?, 2001). Caméra baladeuse, gamme de jazzman ouvert aux improvisations, puissances combinées de la fiction et du réel, production certifiée indépendante et artisanale, son cinéma inclassable a, en vingt ans, regardé la France sous toutes les coutures, depuis la vie en entreprise (Dernier maquis, 2008) jusqu’à son épopée contrebandière (Les Chants de Mandrin, 2012). Son septième long-métrage, Le Gang des Bois du Temple, revient en banlieue pour un polar noir en bande organisée et un récit de hold-up maudit, à la Jean-Pierre Melville.

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Le film s’ouvre sur un paysage de France vu depuis la tour d’une cité-dortoir…

Les scènes de quartier ont été tournées dans la cité du Grand Parc à Bordeaux, protégée par l’Unesco. Il y a eu une campagne de rénovation : ils ont conservé des pelouses, des arbres centenaires. Ils ont surtout fait un truc incroyable : sortir les ascenseurs sur la façade extérieure. Ainsi, chaque habitant, au fur et à mesure qu’il monte chez lui, voit sa cité s’élargir, prendre une autre amplitude, toucher le ciel. C’est ce que je voulais dans ce panoramique d’ouverture : qu’on passe de l’horizon bouché des tours à la dimension poétique du ciel.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’aller vers le cinéma de genre et de tourner un polar ?

J’ai grandi dans une cité, et quand on se retrouvait gamins, le matin, dans la cage d’escalier, on parlait du film qui était passé la veille à la télé, et c’était souvent un film de gangsters. J’aimais les westerns, les films noirs, surtout quand un groupe ou un individu décidait de changer le cours de son destin. Certes en commettant un crime, mais qui était aussi un acte de défi. Dans Le Gang…, il en reste sans doute quelque chose, mais les personnages qui font le coup sont inscrits dans des rapports sociaux : ce sont des mômes qui viennent des quartiers.

D’où vient cette histoire d’amis de cité braquant le convoi d’un richissime prince du pétrole ?

C’est un fait divers, survenu en 2014, que je gardais depuis longtemps dans la poche. Des mecs de la cité des Bois du Temple, à Clichy-sous-Bois (Seine-Seint-Denis), maqués avec un Gitan du Val-d’Oise, ont dévalisé sur l’autoroute A1 le fourgon d’un prince saoudien pour des sommes folles. Ils avaient un contact qui travaillait dans une agence de voitures de luxe. Contre toute attente, ça a marché. Sauf qu’ils étaient tellement contents qu’ils ont commencé à dilapider l’argent n’importe comment. Et ils se sont fait griller.

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