Pomme met les femmes de sa vie en musique dans son troisième album

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L’autrice-compositrice-interprète de 26 ans dévoile vendredi Consolation, dédié aux femmes qui l’ont inspirée.

De la chanteuse Barbara à une héroïne de Miyazaki, maître de l’animation japonaise: Pomme, sacrée aux Victoires de la musique en 2021, signe un troisième album où «chaque chanson ou presque est adressée» à une figure féminine qui l’a inspirée.

Une des rares exceptions de Consolation, disque sorti vendredi 26 août, est When I c u («When I see you» en phonétique, «Quand je vous vois»), seul morceau en anglais et pur bijou folk alors qu’ailleurs l’électro affleure. C’est la chanson qui a servi à débloquer l’autrice-compositrice-interprète, désormais sa propre productrice.

Car en dépit du succès public et critique qui a suivi Les Failles (son deuxième opus en 2019), l’artiste s’est retrouvée confrontée à «des mini-crises d’angoisse» en entrant en studio. Dans ses cauchemars, celle qui n’est pas encore trentenaire voyait «des gens» qui la «regardaient, les bras croisés» pour la «juger», comme elle le raconte à l’AFP. «J’ai écouté mes intuitions pour Les Failles et ça a marché, mais ça m’a amené un public que je n’avais pas avant, donc source d’anxiété pour le nouvel album». Conjurer le mal en le couchant sur le papier en anglais, «pour piéger» son «cerveau» tourmenté, sur une intuition de son ingénieur du son, fut libérateur.

Reprenant le schéma des «lettres jamais envoyées» qu’elle écrivait enfant «pour se libérer de certaines choses», sa voix envoûtante sert désormais des chansons adressées à des femmes qui comptent, réelles ou fictives, côtoyées ou non.

Car comme on le ressent dans les titres Jardin et Dans mes rêves, enfance n’a pas toujours rimé avec insouciance. «J’étais hyper mélancolique, triste, une enfant assez difficile à comprendre, je n’avais pas l’impression d’être dans la bonne famille par exemple», commence-t-elle.

«Comme une anomalie»

«Quand j’ai découvert que j’aimais les filles, j’ai compris que c’est pour ça que je me sentais comme une anomalie avant, que je ne me sentais pas comme mes copines». Aujourd’hui les «relations conflictuelles» avec frère, sœurs et parents sont apaisées. «J’ai voulu te ressembler puis je t’ai détestée», chante-t-elle en introduction de Dans mes rêves. «Je parle de ma mère, confie-t-elle. Je l’admirais, mais elle était très chrétienne et cette religion était réticente vis-à-vis des lesbiennes ou des gays, et je me disaissi ma mère me rejette, ce n’est pas possible de l’aimer. Elle est intelligente, elle comprendra cette partie de chanson», décortique-t-elle.

En interview, l’artiste remercie aujourd’hui sa mère d’avoir initié ses enfants aux dessins animés du maître japonais Hayao Miyazaki, qui regorgeaient de femmes puissantes bien avant que ce terme n’existe. L’une d’entre elles, Chihiro, est d’ailleurs évoquée dans le morceau La rivière. Pomme avait déjà repris en japonais un titre de la B.O. du Voyage de Chihiro , ce qui lui avait ouvert la porte de prestations au Japon.

Le morceau B est dédié à Barbara – «un choc quand j’avais huit ans» – tandis que Nelly rend hommage à Nelly Arcan, auteure du Québec (où Pomme passe la moitié de son temps) qui s’est suicidée avant ses 40 ans. Avec son «style cru, sans filtre», cette femme de lettres écrivait sur sa sexualité, «obsédée par le regard des hommes, se pliant à la chirurgie esthétique, ce qui en même temps la détruisait», comme le synthétise Pomme.

En dépit de ces références, Consolation n’a rien de plombant et la fin d’un titre comme Bleu offre même une cavalcade électro – signée par Flavien Berger, artisan d’une électro délicate et coréalisateur de l’album – qui préfigure un nouveau souffle sur scène.

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