« Pascal et la proposition chrétienne », de Pierre Manent : la volonté libre de croire, selon Pascal

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« Pascal et la proposition chrétienne », de Pierre Manent, Grasset, 428 p., 24 €, numérique 17 €.

Si le nouveau livre de Pierre Manent n’était qu’une synthèse de la pensée religieuse de Blaise Pascal (1623-1662), la fermeté, la profondeur d’analyse et de style que le philosophe y manifeste suffiraient à le placer très haut dans l’abondante littérature que celle-ci continue de susciter. Mais Pascal et la proposition chrétienne est, en même temps, tout autre chose.

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Plus qu’un savoir, c’est une « aide », un « appui », que l’auteur de Situation de la France (DDB, 2015) vient chercher auprès de Pascal ; il s’agit, écrit-il dans l’avant-propos, d’« employer la force de plus fort que soi pour poser la question la plus personnelle ». La confession ne fait pas partie du registre de Pierre Manent : cette question ne sera pas définie autrement que sur le plan des idées. L’élan intime dont elle procède ne cessera pourtant de hanter le texte, en lui donnant son ton, son rythme, son urgence en quelque sorte angoissée, son ardeur.

Car, chez ce catholique revendiqué, reconstituer l’architecture de l’argumentation pascalienne, dont les Pensées sont un brouillon génial et inépuisable mais à jamais épars, revient à affronter la disparition progressive dans nos sociétés de cette « proposition chrétienne » que Pascal, selon lui, a formulée de la manière la plus pure et la plus puissante. « Nous sommes devenus supérieurement indifférents à nous-ne-savons-plus-quoi », écrit-il. Il faudrait, au moins, savoir à nouveau quoi. Voir, dans leur plénitude, cette « expérience » et cette « connaissance » que lui paraît apporter le christianisme, et « qui lui sont entièrement propres ».

L’arme de la raison

C’est cette propriété, cette unicité, qu’il vient chercher chez Pascal. « Possibilité entièrement nouvelle » ouverte par le « Dieu d’Abraham », ce Dieu qui, dans la Torah, prend la parole, se fait proche, appelle, la foi est une réponse dont les Pensées veulent réactiver le désir. Pascal raisonne, ô combien, et avec quel génie, mais il sait que la raison ne joue pas ici le rôle principal. « Il ne s’agit pas de prouver quoi que ce soit, mais (…) d’enflammer l’attente désirante de l’infini », écrit Manent. La raison est un instrument, ou plus précisément une arme : ­Pascal bombarde le sceptique d’arguments, mais pour éveiller, sur les ruines des ­raisons qu’il avait de se refuser à Dieu, sa volonté libre, qu’aucun argument ne peut suffire à enclencher.

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Or, l’athéisme, c’est-à-dire l’enfermement de cette volonté en elle-même, la séparation d’avec l’infini, est le mouvement naturel de l’humanité. Pour Pascal, résume ­Manent, « le phénomène originel, dont tout dépend, c’est la disposition de la volonté avec laquelle nous naissons, (…) qui fait que chaque moi réclame sans cesse que le monde soit à son service ». Et pourtant, quoi que l’on fasse, ce moi est perdu. Pascal, toujours : « Le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la comédie en tout le reste. On jette enfin de la terre sur la tête, et en voilà pour jamais. » L’amour infini pour un moi fini n’a d’autre issue que cette « terre sur la tête ». Sauf, martèlent les Pensées, celle que Dieu, en Abraham puis en Jésus-Christ, est venu offrir à l’humanité. Seul un Dieu peut nous sauver : voilà tout le christianisme.

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