Nicolas Duvauchelle, acteur : « C’est ma sœur que j’appelle quand ça ne va pas »

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« J’ai beaucoup de tendresse pour cette photo d’enfance de moi et de ma sœur aînée, Catherine, avec nos coupes pas possibles et nos bonnes joues. Je ne saurais pas dire où elle a été prise exactement, peut-être à Amiens, où nous avons passé quelques années avant de grandir dans le 11e arrondissement de Paris. On passait beaucoup de temps ensemble, à jouer sans avoir besoin de grand-chose, un bâton, de la terre, comme ici, des jouets, quelques Barbie… Ce sont des moments précieux, un mélange de joie et d’ennui presque doux – assez différents de notre époque, où je passe mon temps à me battre contre l’omniprésence des écrans afin que mes enfants restent sains d’esprit.

Ma sœur reste une des personnes centrales de ma vie. Jeunes, on partait ensemble en colonie de vacances des PTT, car mes parents y travaillaient tous les deux, en Bretagne ou au ski. Ses potes m’appelaient Nico en essayant de sympathiser : ils voulaient tous m’avoir dans la poche pour sortir avec elle… Tous les deux impulsifs, on s’engueulait forcément, mais sans se fâcher vraiment. Aujourd’hui, c’est elle que j’appelle quand ça ne va pas ; c’est ma complice, avec laquelle j’ai tant de bons souvenirs, même récents. Pas plus tard que samedi dernier, on devait se voir en vitesse, à l’improviste, et ça s’est terminé avec nos enfants et nos amis à pas d’heure, à boire et à rire.

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J’ai grandi avec des parents cinéphiles : mon père avait un goût prononcé pour le cinéma américain, ma mère pour le cinéma français. Mais, être acteur, je ne l’ai pas prémédité. J’ai même essayé quelques semaines de devenir préparateur en pharmacie, c’est dire ! A 16 ans, j’avais du mal à tenir en place et j’ai quitté le système scolaire. J’ai passé du temps à traîner dans mon quartier, à me battre, à chercher les problèmes – ce n’était pas ma meilleure période. Le jour où je suis entré au Club Daumesnil pour prendre des cours de boxe thaïe, avec l’entraîneur André Zeitoun, tout a changé. J’avais enfin un endroit où défouler ma rage. J’apprenais à être précis, vif. J’en ressortais essoré, mais la tête reposée, avec un sentiment de plénitude.

« Mes parents et ma sœur voyaient mes premiers films et ne cherchaient pas à m’épargner. »

C’est dans ce club qu’un jour a surgi Antoine Carrard, le directeur de casting du Petit Voleur, d’Erick Zonca. Il s’est présenté et a dit qu’il cherchait quelqu’un pour un petit rôle de boxeur. Les mecs se portaient volontaires avec enthousiasme. Moi, j’étais là, tête baissée, pensant me faire oublier. C’est ce qui a attiré Antoine Carrard, il m’a appelé : « Et toi, là-bas, au fond, tu ne veux pas passer le casting ? » J’ai appris le texte, et je n’ai plus eu qu’une seule envie en tête : convaincre. J’ai donné beaucoup, au point qu’Erick a fini par me confier le rôle principal du film.

Mes parents et ma sœur étaient heureux pour moi mais avaient peur que je ne m’emballe. Ils voyaient mes premiers films et ne cherchaient pas à m’épargner : le soir de l’avant-première de Snowboarder, d’Olias Barco, en 2003 au Grand Rex, je me souviens d’avoir traversé la rue pour aller embrasser mon père. Il pouffait, se moquait gentiment de moi. Bon, en même temps, je savais bien que je n’avais pas participé à un chef-d’œuvre…

Cette proximité que l’on partage, ma sœur et moi, a pu m’aider sur certains tournages, comme pour jouer le frère de Sophie Quinton dans Poids léger, le film de Jean-Pierre Améris où j’interprétais là encore un boxeur. Il fallait une entente fraternelle facile, immédiate, et je n’ai pas eu à réfléchir beaucoup pour pouvoir l’incarner : cette complicité pure, je la connaissais déjà d’emblée. »

Les Papillons noirs, une série d’Olivier Abbou et de Bruno Merle, avec Nicolas Duvauchelle et Niels Arestrup (6 × 50 minutes). Sur Arte les 22 et 29 septembre, à 20 h 55, ou en replay en intégralité sur Arte.tv jusqu’au 12 octobre.

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