Musique : Weyes Blood, la mélancolie dans le sang

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Le rendez-vous parisien avec Natalie Merling a été fixé rue de la Fidélité, à l’Hôtel Grand Amour. Tel celui que l’on a éprouvé – comme beaucoup d’autres, étudiantes ou quadras barbus et nostalgiques – en 2019 pour Titanic Rising. Soit le quatrième album de la chanteuse américaine connue sous l’alias de Weyes Blood, qui offrait une bande-son idéale et presque prémonitoire pendant les confinements. Elle n’a pas manqué de relever les curieux motifs de la moquette – des phallus roses psychédéliques – menant à sa chambre. « Oui, le lieu est un peu olé olé », convient-elle en riant. Un terme qui ne correspond pas vraiment à l’image qu’elle renvoie.

C’est à un autre organe humain que s’adresse And in the Darkness, Hearts Aglow, suite de Titanic Rising, pour ce qui est désormais annoncé comme une trilogie. Des cœurs dans les ténèbres ? La formule conradienne, à la poésie délicieusement désuète, est née d’un « collage dynamique », en associant deux titres des dix chansons proposées : « Il fallait que le mot “ténèbres” apparaisse pour aller avec la noirceur du temps et le balancer avec le rougeoiement, quitte à ce que ça fasse un peu roman à l’eau de rose. »

Sur la pochette soigneusement kitsch, Weyes Blood pose en héroïne romantique. Robe blanche satinée et épaules dénudées, longs cheveux bruns dénoués dessinant une perspective que suit un regard perdu dans ses songes, le cœur touché par un halo de lumière extraterrestre. Mais de quelle planète et de quel siècle provient cette trentenaire réfugiée dans une faille spatiotemporelle ?

Les chansons convoquent des thèmes universels et intemporels, mais avec une préoccupation actuelle : la destruction des relations sentimentales par la technologie et les réseaux sociaux

Amour et solitude, détresse et élévation. Ses chansons convoquent des thèmes universels et intemporels, mais avec une préoccupation actuelle : la destruction des relations sentimentales par la technologie et les réseaux sociaux. « Le romantisme a été abîmé par la science et le capitalisme, il se terre en chacun de nous, mais l’époque nous pousse à être de plus en plus cyniques, observe Weyes Blood. Pourquoi sommes-nous malades spirituellement alors que les biens matériels n’ont jamais été aussi accessibles ? »

Un « monde dystopique »

Pour Titanic Rising, la vengeance de l’iceberg – menacé aujourd’hui par la fonte des glaces – était une métaphore du châtiment promis par le changement climatique. Le paquebot sombrait, elle chantait avec suavité et la dignité de l’orchestre du transatlantique dans le naufrage. L’album se refermait par un bref instrumental joué par un quatuor à cordes, Nearer to Thee. « Plus près de toi », mais sans l’adresse à Dieu.

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