Michel Agier, Antonin Durand, Mireille Gagné, Carole Mabboux… Les brèves critiques du « Monde des livres »

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Beaucoup d’histoire – des secrétaires d’Etat français au temps des guerres de religion à la fascinante plasticité de Verdi –, des essais, mais aussi des romans, une BD, un polar et de la poésie. Voici les brèves critiques de douze ouvrages notables de la rentrée littéraire en cette quarante-cinquième semaine de l’année.

Philosophie. « La Peur des autres. Essai sur l’indésirabilité », de Michel Agier

Anthropologue, directeur de recherche à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, Michel Agier est l’auteur de nombreux ouvrages sur le sort des exilés et l’impérieuse nécessité de repenser l’hospitalité. Il s’est également engagé dans de multiples actions destinées à modifier les barrières sécuritaires-identitaires afin de « protéger » le monde riche du danger supposé des migrants.

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Dans ce court essai, il explore la formation et l’usage de cette peur dans l’imaginaire actuel. Comment les gens d’ailleurs deviennent-ils « indésirables » ? Qui, exactement, le devient ? Aux yeux de qui ? Selon quelles causes, et avec quelles conséquences pour tous ? Sur ces différents points, Michel Agier fournit des éléments d’analyse intéressants et utiles, en faisant comprendre notamment de quelle manière l’« inconnu » se trouve peu à peu fantasmé en « ennemi » dont on craint l’« intrusion ». Au moment où « l’indésirabilité et la haine gagnent du terrain et réduisent la possibilité d’une vie commune », cet essai scrute un monde où certains humains, jugés « de trop », disparaissent de ­l’horizon visible, et deviennent des spectres parqués dans des camps. R.-P. D.

« La Peur des autres. Essai sur l’indésirabilité », de Michel Agier, Rivages, « Bibliothèque », 100 p., 16 €, numérique 12 €.

Histoire. « Histoire mondiale du XXe siècle », sous la direction de Nicolas Beaupré et Florian Louis

Ce fut le « siècle loup », selon le mot du poète russe Ossip Mandelstam, mort au goulag, le temps des guerres mondiales, des totalitarismes et des génocides. « Le XXe siècle fut celui de la ­déseuropéanisation du monde, marqué par des violences extrêmes dont l’Europe fut l’épicentre », écrivent les historiens Nicolas Beaupré et Florian Louis dans l’introduction du riche volume qu’ils ont dirigé. Mais, comme ils le rappellent, le siècle dernier fut aussi celui de l’espérance et de la liberté à travers les décolonisations, comme « d’une croissance de la population mondiale et d’une amélioration du niveau de vie sans précédent ». D’où l’intérêt de l’approche décentrée qui prévaut dans les textes de la cinquantaine d’historiens qu’ils ont réunis pour raconter les césures d’un long XXe siècle commençant avant la guerre de 14-18 et s’achevant en 2001, avec l’actuelle mondialisation et le 11-Septembre. Cette lecture renouvelée insiste notamment sur des dates charnières trop souvent négligées, comme l’année 1979, qui voit l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher, la révolution iranienne et l’invasion de l’Afghanistan. Elle se concentre aussi sur des lieux, tels qu’Auschwitz, l’Amazonie ou Jérusalem, qui ont cristallisé certaines des dynamiques les plus saillantes de ce que l’historien britannique Eric Hobsbawm nomma « l’âge des extrêmes ». M. Se.

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