Marlene Monteiro Freitas, hors les cases

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Il y aura « des plis, des torsions, des superpositions, des envahissements et des étranglements… », prévient la chorégraphe Marlene Monteiro Freitas, à propos du portrait que lui consacre le Festival d’automne. Douze ans de travail, huit productions à l’affiche jusqu’au 21 décembre pour brosser l’œuvre d’une artiste caoutchouteuse et insaisissable, vivante pâte à modeler se glissant dans toutes les formes sans entrer dans aucune case.

Un exemple parmi d’autres : le solo qui l’a fait connaître en France, Guintche (2010), qui désigne en créole cap-verdien un oiseau, le nom d’une prostituée… Ce vestiaire de grimaces déplie un millefeuille d’identités épidermiques aussi vite apparues que disparues. Il file la carte de visite d’un caméléon qui se rit des maquillages et des masques pour aborder des zones de soi en friche. « L’idée de transformation est profondément présente chez moi, affirme-t-elle. Et elle passe toujours par le visage. »

Marlene Monteiro Freitas dans « Guintche » (2010) au festival Uzès danse, en juin 2013.

Preuves encore de ce talent à défigurer pour mieux reconfigurer le mystère de l’humain, De marfim e carne. As estatuas tambem sofrem (D’ivoire et chair. Les statues souffrent aussi) (2014), rumba de sept zombies robotiques, ainsi que Canine jaunâtre 3 (2018), parade macabre de dix-huit interprètes embrigadés dans une partition grimaçante et convulsive, créée avec la compagnie israélienne Batsheva. Les deux pièces explosent le visage perforé chez Freitas par des secousses à répétition. « Je ne sais d’ailleurs pas si, chez moi, le mouvement part de la figure et descend dans le reste du corps ou le contraire », ajoute-t-elle.

Danse-théâtre spasmodique

Ecouter Marlene Monteiro-Freitas circuler dans les rhizomes de son imaginaire donne une clé pour pénétrer dans sa danse-théâtre spasmodique et gigotante. Chacune de ses chorégraphies livre une expérience baroque et raide qui exige d’ouvrir grandes ses oreilles pour se transformer en passoire émotionnelle. Et ce n’est pas rien. « Chez moi, la scène est le lieu de jeux de pouvoir et de hiérarchie, comme dans mon spectacle Mal, ou de jeux plus simples, explique-t-elle. Il y a toujours des règles, une organisation, une tension qui n’est pas seulement représentation. » Autant apprendre à s’amuser, afin de mieux savourer les multiples fictions conflictuelles nichées dans les recoins des pièces de cette conteuse qui fait « fable de tout bois ». « J’aime poser côte à côte et entrechoquer des choses étranges et même étrangères qui entraînent des états de corps différents, précise-t-elle. Cela permet une libération d’énergie. »

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