« Maigret », sur Canal+ Cinéma : un portrait en miroir du commissaire et de Depardieu

0
13

CANAL+ CINÉMA – LUNDI 21 NOVEMBRE À 21 H 00 – FILM

Objet de nombreuses adaptations cinématographiques et télévisuelles multidiffusées, c’est avec une forme de méfiance pour le déjà-vu qu’on entre dans le dernier film de Patrice Leconte, qui marque sa première collaboration avec Gérard Depardieu. Heureuse nouvelle : l’incarnation minimale de la star, dont le moindre mouvement peut à peine soulever sa propre fonte, bien loin du Mangin vif et brutal de Police (Maurice Pialat, 1985), se révèle cohérente avec la méthode Maigret qui consiste à ne rien faire sinon observer, aspirer la vie tout autour et s’en gonfler comme une éponge.

Les Russes ont souvent dit que Maigret était un personnage « constructif ». Sans doute faut-il comprendre un héros capable d’élaborer des plans pour désamorcer les situations les plus délicates. Maigret par Depardieu joue davantage la déconstruction. Il est fatigué, a le vague à l’âme, n’a plus d’appétit pour la blanquette de veau ni pour les sardines à l’huile et respire mal. Un stéthoscope sur la poitrine, il comprend qu’il faut arrêter de fumer. A deux doigts de casser sa pipe ? Pas tout à fait quand même.

Classicisme ciselé

Une triste affaire va bientôt le sortir de sa torpeur songeuse : une jeune fille est morte dans un square, à Paris. Gisant dans une robe de soirée haute couture Maggy Rouff qui cache des sous-vêtements Prisunic, cette anonyme au visage de porcelaine et au buste lardé de coups de couteau semble n’appartenir à aucun monde. Cette absence de traces réveille le goût du vieux flic pour les enquêtes difficiles.

Cette adaptation libre du roman policier de Simenon Maigret et la jeune morte (1954) s’intitule Maigret. Sobre ou arrogant, le choix du patronyme révèle en tout cas l’ambition de Leconte de faire un portrait définitif du commissaire, ramassant son sens de l’enquête, mais aussi sa part intime et empathique, en époux tranquille et père marqué par la perte de sa fille. Débarrassé de sa pipe, son Maigret se sent « tout nu ». Peut alors émerger un autre portrait, celui de l’acteur vieillissant qui vient épouser le premier dans une douce communion (réaliser le film testamentaire de Depardieu semble être l’obsession des cinéastes, toutes générations confondues).

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés « Maigret » : Gérard Depardieu au miroir d’un Maigret vieillissant

D’un classicisme ciselé – la reconstitution lustrée de l’après-guerre privilégie le détail au total look comme toile de fond –, le film resserre l’intrigue du roman autour du désir d’émancipation de jeunes provinciales, convaincues qu’elles ne doivent leur salut qu’aux hommes, au sexe et à leur photogénie. Sous ses airs de film paternaliste, ce Maigret a le grand mérite de donner une attention particulière aux victimes et à la jeunesse : Betty (Jade Labeste), fraîche comme un gardon, se glisse dans la peau de la morte pour aider l’enquête. Et ce jeu de miroirs dans lequel se tisse élégamment le film rend aux fantômes de ces pauvres disparues leur silhouette fugitive.

Lire aussi « Le Monde de Maigret », une collection pour redécouvrir le personnage emblématique de Simenon

Maigret Film français de Patrice Leconte (Fr., 2022, 1 h 28). Avec Gérard Depardieu, Jade Labeste et Mélanie Bernier.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici