L’étoile noire de « Starmania » scintille toujours, quarante-trois ans après sa création

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Johnny Rockfort et ses Etoiles noires, la serveuse automate, Stella Spotlight, Zéro Janvier, un Ziggy emprunté à David Bowie… Quarante-trois ans après leur apparition sur la scène du Palais des congrès de Paris, le 10 avril 1979, et plus de deux décennies après les dernières représentations, revoici les personnages chantants imaginés par Michel Berger et Luc Plamondon pour Starmania. Reportée de deux saisons en raison de la pandémie de Covid-19, une nouvelle version s’installe jusqu’au 29 janvier 2023 à La Seine musicale, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), avant de faire la tournée des Zénith en région.

Ce retour peut sembler paradoxal pour une œuvre appartenant à un genre tombé en désuétude : l’opéra-rock, appellation toujours reprise sur l’affiche. Starmania en demeure l’exemple le plus célèbre dans le monde francophone, d’autant qu’il brille par sa rareté. Le pionnier en la matière, une Révolution française montée en 1973, devait, lui, aussitôt disparaître du répertoire.

A l’inverse, l’étoile de Starmania n’a cessé de scintiller grâce à des hits intergénérationnels. Quand on arrive en ville, Le Blues du businessman, Un garçon pas comme les autres (devenu un hymne LGBT après sa reprise par Céline Dion en 1991), Les Uns contre les autres, Le monde est stone, Besoin d’amour… Sans oublier le tour de force vocal qu’est SOS d’un Terrien en détresse, chanté à l’origine par Daniel Balavoine, sur deux octaves et demie, désormais une épreuve du feu dans les émissions de télé-crochet depuis que Grégory Lemarchal s’en est emparé en 2004, trois ans avant sa mort, lors de « Star Academy » (TF1). Le pouvoir de ces standards est tel que « la fable de Starmania s’est effacée derrière les chansons », affirme Thomas Jolly, metteur en scène de cette nouvelle production.

Ce succès durable était pourtant loin d’être écrit. « Le Palais des congrès ne se remplissait pas et des invitations ont même été données aux sapeurs-pompiers de Paris ! » rappelle Yves Bigot, directeur général de TV5Monde et auteur de Quelque chose en nous de Michel Berger (Don Quichotte, 2012). Lui-même était alors à l’antenne d’Europe 1, partenaire du spectacle, et ne ménageait pas ses efforts pour que les auditeurs viennent retirer des places. L’incertitude était telle qu’aucune captation filmée ne fut prévue.

« Œuvre globale »

Michel Berger prenait bien des risques en choisissant la forme opératique du rock, dans un pays si retardataire pour les guitares électriques. Avec quinze ans d’écart sur les Britanniques, la patrie de la chanson et de la variété tenait enfin son groupe à succès, Téléphone. Et l’auteur de Message personnel (pour Françoise Hardy) ou de La Déclaration d’amour (pour France Gall), des ballades sentimentales au piano, semblait sans doute le moins qualifié pour combler ce handicap. Trop doux, trop mou, trop maniéré. « Mais cet enfant de la haute société protestante parisienne, dont le père était académicien et la mère, concertiste, connaissait bien les trois opéras-rock fondateurs, à la fin des années 1960, que sont Tommy des Who, Arthur des Kinks et S.F. Sorrow des Pretty Things, souligne Yves Bigot. Starmania est pour lui un moment de catharsis, il peut enfin réaliser son fantasme et son obsession d’une œuvre globale. »

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