« Les Miens », sur Canal+ : une famille à vif filmée par Roschdy Zem

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CANAL+ – MERCREDI 6 SEPTEMBRE À 21 H 10 – FILM

On ne présente plus Roschdy Zem, comédien au charisme élégant, au métier bien tempéré et à la carrière éclectique, acteur de ladite diversité au parcours de haute voltige qui, sans avoir eu ni envie ni besoin de se renier, a pris soin d’ouvrir les écoutilles et de cultiver son art au point d’incarner aujourd’hui une des plus fortes présences du cinéma français.

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Les films qu’il a réalisés annoncent la couleur : Mauvaise foi (2006), Omar m’a tuer (2011), Chocolat (2016)… Jusqu’à ces Miens qui sont les siens. Ce film à soubassement autobiographique – ce qui arrive ici au personnage principal est arrivé au frère cadet de Roschdy Zem – nous installe dans une famille élargie.

Présentation inaugurale en forme de tablée, sous les auspices de la commensalité et de ces agaçants petits riens familiaux que l’on ne se dit qu’à moitié, de peur de découvrir l’abîme qui se tient tapi derrière eux. Moussa (Sami Bouajila), qui se remet très, très mal de la séparation d’avec sa femme, hésite à révéler à ses proches une situation qu’il craint de rendre sans retour en la nommant. Sa sœur Samia (Meriem Serbah), seule au courant, le soutient avec abnégation, dévouée à un point insensé. Ses frères Salah (Rachid Bouchareb), Adil (Abel Jafri), Ryad (Roschdy Zem) ne sont pas indifférents mais un peu lointains, chacun ayant fait sa vie de son côté.

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Ryad s’est extirpé à la force du poignet du milieu social modeste de la famille en devenant journaliste sportif à la télévision et animateur de sa propre émission. Il est celui auquel on fait appel en cas de besoin, auquel on reproche à mi-voix ses retards et ses fréquentes absences de réponse, et, à travers elles, quelque part, la prise de distance d’avec le reste de la famille. On le voit, l’autobiographie ne s’arrête pas au frère de Roschdy Zem.

Une épure réaliste

Un accident brutal va faire bouger les lignes. Moussa, une nuit, tombe, de face, sur la tête. Sorti du choc avec un impressionnant œdème frontal, il sombre dans une somnolence permanente et perd de surcroît le sens de la sociabilité. Mis au chômage, plongé dans une existence quasi végétative, il se met à parler sans aucune retenue à son entourage, disant à chacun très exactement ce qu’il pense, qui n’est peut-être pas si loin de la vérité.

Une extravagante comédie pouvait en sortir, Roschdy Zem lui a préféré une épure réaliste, filmée en plans-séquences enrobant un groupe à vif, sur la manière dont cet accident remobilise une solidarité familiale qui s’est distendue avec le temps.

Mais cette idée un peu trop évidente qui gouverne le film en cache une autre, plus secrète, que décèleront, sans doute plus vite que les autres, tous les enfants d’immigrés : c’est dans la lutte pour sa survie qu’une famille se solidarise, c’est dans le confort qu’elle se dissout.

Les Miens, film de Roschdy Zem (Fr., 2022, 85 min). Avec Sami Bouajila, Roschdy Zem, Meriem Serbah, Maïwenn, Rachid Bouchareb.

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