Les dîners très sélects de François Gibault, le biographe de Céline

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François Gibault, le 10 octobre 2022, dans son hôtel particulier du 7e arrondissement de Paris. Sur la console à côté de lui, un bronze de la main de Françoise Sagan et un autre de la main allongée de Céline. En dessous, sur le parquet, le masque mortuaire de l’écrivain.

Ce soir-là, avant le dîner, François Gibault a proposé à ses hôtes un drôle d’apéritif. En guise d’amuse-gueule, sur la table d’une salle à manger encombrée de livres et de tableaux, le maître de maison a déposé un trésor de papier : les manuscrits inédits de Louis-Ferdinand Céline, dont il est l’exécuteur testamentaire, soit des milliers de feuillets disparus en 1944 et réapparus dans des conditions rocambolesques en 2020.

« Je vous propose de les consulter pendant deux heures, puis à 19 heures nous passerons à table », a lancé l’avocat à ses convives. C’est ainsi qu’avant le champagne et les blinis au tarama, en août 2021, le journaliste Jérôme Dupuis, qui venait de publier dans Le Monde une longue enquête sur la restitution des documents, et Emile Brami, romancier, spécialiste de Céline, ont pu feuilleter Casse-Pipe, Guerre (publié chez Gallimard en mai), ou encore Londres (publié en octobre) –, des pages et des pages calligraphiées de la main du sulfureux écrivain…

Une main dont François Gibault, 90 ans, conserve un bronze, placé sur une petite console de son bureau. A même le parquet, il a aussi posé le masque mortuaire de l’auteur qui est toujours considéré comme l’un des géants littéraires du XXe siècle malgré la virulence antisémite de ses pamphlets. Gibault lui a consacré une biographie en trois tomes aux éditions Mercure de France – l’une des plus exhaustives, selon les exégètes –, que la collection Bouquin réédite cet automne en un seul volume.

Entre les « céliniens » et l’avocat écrivain, les dîners ont commencé au siècle dernier. Ayant droit de Lucette Destouches, la veuve de Louis-Ferdinand Destouches dit Céline, François Gibault était aussi l’un de ses amis les plus fidèles. Il l’a rencontrée en 1962, un an après la mort de son mari. Pour l’entourer, il se met à organiser avec régularité des soirées dans la maison de Meudon que Lucette n’a jamais quittée jusqu’à sa mort, en 2019, à l’âge de 107 ans.

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A la fin des années 1990, après quelques longueurs à la piscine de l’Aquaboulevard à Paris, Gibault a gardé l’habitude de passer chez le traiteur acheter une quiche, des tranches de saumon et du tarama avant de rejoindre la route des Gardes. La plupart du temps, il vient accompagné : jeunes avocats, écrivains connus ou pas, journalistes, chanteurs, tous ceux qu’il a choisi d’intégrer dans ses cercles d’agapes et à qui il annonce, un soir : « Viens, je vais te présenter quelqu’un. »

La veuve de Louis-Ferdinand Destouches reçoit des visiteurs hallucinés sur son canapé, au milieu des peluches et des coussins, dans un salon qui sent l’encens et le poulet rôti. Toto, le perroquet, jacasse par-dessus son épaule

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