Leonardo Di Costanzo, réalisateur d’« Ariaferma » : « Ce qui se joue en prison, c’est la constitution d’une communauté »

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Dans le paysage du cinéma italien, Leonardo Di Costanzo, 64 ans, occupe une place à part. Il est l’un des rares à tenir le bastion d’une école réaliste pour laquelle la fiction s’imprègne directement du champ social. Ariaferma, son dernier long-métrage, engage ainsi une réflexion profonde et originale sur la prison et les rôles qu’elle renferme.

Quel est le parcours qui vous a amené à réaliser des films ?

Je suis né à Ischia, près de Naples, où j’ai soutenu une thèse en anthropologie. A la fin des années 1980, je suis venu à Paris afin d’explorer le cinéma comme outil de recherche. J’ai rencontré les Ateliers Varan, une association qui forme à la pratique documentaire à la suite de Jean Rouch, qui en fut l’instigateur. J’ai donc fait mes débuts dans le documentaire, à l’époque en essor, parce que les chaînes comme Arte s’y intéressaient et qu’étaient apparues des petites caméras légères et bon marché. C’était un moment d’effervescence, où émergeaient des figures comme Claire Simon ou Nicolas Philibert. J’ai fait alors quatre ou cinq films avec le producteur Richard Copans. Voyez, je suis soi-disant italien, mais je me suis formé au cinéma en France [rires] !

Pourquoi avoir franchi le pas de la fiction en 2012 avec « L’Intervallo »  ?

Dans mes documentaires, je me suis souvent penché sur des figures de médiation sociale, des gens qui sont entre le dedans et le dehors : une femme maire luttant contre la Camorra dans En quête d’Etat [1998] ou les professeurs d’un collège défavorisé dans Un cas d’école [2003], tous les deux dans la banlieue de Naples. Autant de personnages qui, par la place intermédiaire qu’ils occupent dans la géographie sociale, sont amenés à inventer des stratégies. J’ai voulu faire la même chose dans la fiction à un moment où j’ai éprouvé des limites avec le documentaire, qui ne donne pas accès facilement à l’intériorité des personnages. Il m’a fallu en passer par l’écriture.

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« Ariaferma » se déroule entièrement dans une prison en voie de démantèlement. D’où l’idée de ce film vous est-elle venue ?

Je questionne depuis toujours les lieux de rencontre entre différentes couches de la société. Je devais naturellement en arriver à la prison, car c’est l’endroit où convergent le dedans et le dehors, où cohabitent gardiens et prisonniers, les uns chargés d’appliquer une peine, les autres de la purger. Je ne savais pas trop comment aborder l’univers carcéral. J’ai commencé par rencontrer des gens qui y travaillent : directeurs, éducateurs, criminologues. J’y ai trouvé un monde extrêmement vivace, qui réfléchit et se réfléchit beaucoup, sur la faute et ses répercussions, le préjudice fait à la société et la réponse que celle-ci doit apporter. Ces questions m’ont paru concerner la société dans son ensemble, au-delà de la prison, car ce qui s’y joue, c’est rien moins que la constitution d’une communauté.

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