« Léon Trotsky, un homme à abattre », sur LCP : comment Staline fit éliminer son ennemi majuscule

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LCP-ASSEMBLÉE NATIONALE – LUNDI 13 MARS À 20 H 30 – DOCUMENTAIRE

Ironie ou simple malice, La Chaîne parlementaire de l’Assemblée nationale rediffuse un documentaire sur l’assassinat de Léon Trotski (1879-1940), la semaine même où l’on commémore les 70 ans de la disparition de son commanditaire, Joseph Staline (1878-1953). L’« Opération Canard », pilotée de Moscou, visait à parachever l’élimination de l’ennemi majuscule du « tsar rouge ».

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Tout-puissant en octobre 1917, mis en retrait dès la mort de Lénine, en 1924, devenu un paria, tour à tour exclu du Parti communiste de l’Union soviétique (PCUS), déporté, expulsé et systématiquement extradé des pays qui l’accueillaient, Trotski, fondateur de l’Armée rouge, reste un combattant, militant pour une diffusion mondiale de la révolution prolétarienne.

A Mexico, où il s’établit en janvier 1937 avec son épouse, Natalia Sedova (1882-1962), dans la Casa Azul (« maison bleue ») des peintres Diego Rivera et Frida Kahlo, il écrit et réfute la responsabilité des crimes que lui impute Staline, qui l’a condamné à mort par contumace. Si la commission américaine Dewey (avril 1937) l’absout, la nasse se resserre et c’est là qu’entre en scène l’homme chargé de liquider le héros de 1917.

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Issu de la bourgeoisie fortunée catalane par son père et de l’aristocratie cubaine par sa mère, Ramon Mercader (1913-1978) partage la dévotion maternelle pour Staline. Recruté par le NKVD (futur KGB), il sera le bras armé du complot. Au prix d’une formation d’agent secret où son charme se révèle son atout maître. Rien ne manque à cette intrigue romanesque : noms, métiers et nationalités d’emprunt… Une idylle sentimentale avec la naïve Sylvia Ageloff (1910-1995), militante trotskiste new-yorkaise que Mercader rencontre à Paris, servira à intégrer le premier cercle de Trotski.

Bienveillance sans nuance

Images d’archives et sobres reconstitutions rendent palpitante la lente convergence des deux destins, la proie face au chasseur. Avec, en prime, le témoignage du petit-fils de Trotski, Sieva – rebaptisé « Esteban » dès son arrivée au Mexique, en août 1939 – qui, de retour de l’école le 20 août 1940, croisa le meurtrier défait et gémissant, encadré par les policiers, avant même de mesurer le crime qui venait de se jouer dans la bibliothèque.

On s’étonne toutefois de la bienveillance sans nuance du portrait brossé de Trotski. Certes, l’homme traqué, trahi, blessé par la disparition de tous ses enfants, certains assassinés tant en URSS (Sergueï, en octobre 1937) qu’à Paris (Lev, en février 1938), suscite l’empathie, mais de là à gommer toute allusion à sa pratique répressive et brutale du pouvoir…

Comme on reste perplexe sur les motivations personnelles de Mercader, qui assume sans état d’âme une mission qu’il paie de vingt ans d’incarcération et qui ne lui vaut, élargi en 1960, qu’une bien discrète reconnaissance soviétique, décoré, sous un autre nom d’emprunt, de l’ordre de Lénine sans être traité en héros. Mercader-Mornard-Jackson-Lopez est une énigme dont le secret reste à dévoiler.

Léon Trotsky, un homme à abattre, documentaire de Marie Brunet-Debaines, en collaboration avec Elin Kirschfink (Fr., 2022, 52 min). Diffusé dans le cadre de l’émission « DébatDoc » sur LCP-Assemblée nationale.

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