« L’Enlèvement de Perséphon » : Karrie Fransman et Jonathan Plackett au « reinaume » des mythes

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« L’Enlèvement de Perséphon » (Gender Swapped Fairy Tales), par Karrie Fransman et Jonathan Plackett, traduit de l’anglais par Marguerite Capelle et Hélène Cohen, Stock, 184 p., 20,90 €, numérique 15 €.

En des temps très, très anciens vivaient deux sœurs, deux Titanes. La première, Prométhéa, était décidée à améliorer la ­condition des femmes. Un jour, elle alla supplier la déesse Zéa de leur donner le feu. « Ça, non !,répondit Zéa. Si les femmes possédaient le feu, elles deviendraient aussi fortes et sages que nous et elles finiraient par nous chasser de notre reinaume. » Déterminée, Prométhéa ravit néanmoins le feu au soleil, puis le transmit aux femmes, qui purent bientôt cuisiner les aliments. Jusqu’au jour où Zéa se vengea…

Les malheurs de Prométhéa ravivent quelques souvenirs ? Logique. Le texte reprend, à la virgule près, l’histoire de Prométhée telle qu’elle a été consignée en 1895 par l’écrivain américain James Baldwin (1841-1925) dans ses Old Greek Stories (« vieilles histoires grecques »),diffusées à des millions d’exemplaires. Jonathan Plackett, l’auteur de L’Enlèvement de Perséphon,a juste inversé le genre des personnages. Prométhée est devenu une femme, Zeus la déesse Zéa. Le royaume s’est mué en « reinaume ». Des retouches minimales en apparence, mais qui bousculent totalement la lecture classique.

Avec Karrie Fransman, qui signe les dessins, Jonathan Plackett avait déjà passé à la moulinette une série de ­contes de fées pour Le Bel au bois dormant (Stock, 2021). Le couple britannique applique à présent le système à treize grands mythes grecs. Les récits, empruntés à des auteurs de la fin du XIXe siècle ou du début du XXsiècle, sont toujours aussi spectaculaires, foisonnants, inventifs, poétiques. Ils fourmillent de dieux transformés en animaux, d’esprits invisibles, de palais gardés par des lionnes apprivoisées, de sortilèges, d’oracles, de philtres, d’ambroisies et de nectars. La géante Arga, ex-Argos, reste assassinée par Hermione, ex-Hermès, et ses cent yeux se retrouvent semés sur la queue d’un paon, « où on peut encore les voir de nos jours ». De quoi émerveiller ceux qui découvrent ces mythes fondateurs.

Viande fraîche

Pour ceux qui les connaissent déjà, la « traduction transsexuelle », pour reprendre le vocabulaire de l’Oulipo, met en évidence à quel point le texte de départ, fruit de la Grèce antique et du XIXe siècle, est marqué par le découpage traditionnel des genres. Malgré quelques femmes puissantes, comme Atalante ou Circé, les personnages forts demeurent avant tout des hommes. Et les récits sont écrits dans une langue où « le masculin l’emporte sur le féminin », c’est-à-dire efface une grande partie des traces féminines.

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