« Le Système Total. Anatomie d’une multinationale de l’énergie » : Arte dans les coulisses de l’entreprise la plus détestée de France

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ARTE – MARDI 8 NOVEMBRE À 20 H 50 – DOCUMENTAIRE

Moins d’un demi pour cent : 0,38 %, c’est la part du renouvelable, en unité d’énergie, produite par TotalEnergies, assure le documentariste Jean-Robert Viallet dans son émission de décryptage du « système Total ». C’est peu, dérisoire. Mais cela n’empêche pas le groupe pétrolier français de communiquer sur son engagement en faveur des énergies vertes (éolienne, solaire…).

Cette plongée profonde dans les coulisses de cette major (terme générique désignant les six plus grandes compagnies pétrolières privées mondiales) entend montrer sinon démontrer sa faible crédibilité comme actrice de la transition écologique.

Le groupe assure au Monde que les énergies renouvelables représentent « 7 % des ventes d’énergies de TotalEnergies en 2021 » – et non 0,38 % comme dit dans le film –, et qu’elles atteindront 15 % en 2030 puis 50 % en 2050. Il n’empêche, qu’elle le veuille ou non, « l’entreprise la plus détestée de France » a un long chemin devant elle pour reverdir son image…

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Après un bref état des lieux du marché mondial des énergies propres – dont les multinationales du pétrole et du gaz « ont bien l’intention de prendre leur part du gâteau », dit le documentaire –, direction l’Ouganda, pour un reportage sur un projet de 400 forages dans un parc naturel et sur la construction d’un oléoduc de 1 400 kilomètres jusqu’à l’Océan indien. « Ce qu’ils font est vraiment très mal », tranche un Ougandais.

Commentaire ironique

Sur fond de musique anxiogène, voici la « grand-messe annuelle » – l’assemblée générale du groupe – au cours de laquelle le PDG, Patrick Pouyanné, s’est expliqué au printemps 2021 sur le projet ougandais : oui, il y a un impact environnemental et humain, a-t-il reconnu, mais il permet de produire du pétrole « à 11 dollars le baril ». Et donc de préserver la compétitivité et la rentabilité du groupe.

La partie historique du documentaire est instructive, du premier gisement irakien exploité par l’ancêtre de Total, la Compagnie française des pétroles, en octobre 1927, à l’accord de Paris sur le climat (COP21) de 2015 qui vit la firme devenue multinationale annoncer son engagement vers la neutralité carbone.

Les interventions du « PDG aux 1 000 filiales » sont rares et brèves ; celles du philosophe canadien Alain Deneault nombreuses et longues, assorties d’un commentaire ironique sur « le plaisir que ces ingénieurs prennent à parler éoliennes ». Un deuxième reportage, à Oberon (Texas), permet une visite guidée d’un site de production d’énergie solaire. « Tout sonnait faux », assure Jean-Robert Viallet.

Ce qui sonne vrai, c’est le passage par Arlington (Texas), où TotalEnergies exploite 33 puits de gaz de schiste en pleine ville, près d’une crèche, d’une école, d’une aire de jeux… Des images d’autant plus choquantes pour un groupe français que la fracturation hydraulique est interdite dans l’Hexagone.

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« Je peux construire les énergies du futur si j’engrange de l’argent au présent », balaie sur le ton de l’évidence Patrick Pouyanné. Catherine Legall et Jean-Robert Viallet l’ont interviewé avant les reportages, afin, expliquent-ils au Monde, « de laisser M. Pouyanné dérouler son récit narratif ». Un second entretien était prévu, qui n’a pas eu lieu « à cause de la guerre en Ukraine ». Dommage : on aimerait entendre le « big boss » de TotalEnergies sur Arlington.

Le Système Total. Anatomie d’une multinationale de l’énergie, de Catherine Legall et Jean-Robert Viallet (Fr., 2022, 90 min)

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