le Suédois Ruben Östlund rafle une deuxième Palme d’or avec « Triangle of sadness »

0
70

Le 75e Festival de Cannes a fait le choix de l’éclat de rire corrosif et politique en offrant une deuxième Palme d’Or à Ruben Östlund, pour Triangle of sadness (Sans filtre, en français), sa satire acide des super-riches et des rapports de classe dans les sociétés occidentales.

Ce croisement de Titanic et La Grande Bouffe succède à Titane de la Française Julia Ducournau, vainqueur de la précédente édition.

Lire aussi : Cannes 2022, en direct : la Palme d’Or attribuée à Ruben Östlund pour « Triangle of sadness », Claire Denis et Lukas Dhont partagent le Grand prix

Cinq ans après The Square, son long-métrage sur le milieu de l’art contemporain qui s’inscrivait dans la même veine, le réalisateur suédois de 48 ans ne s’est pas assagi. Il dénonce cette fois, par la caricature et l’outrance, les excès de la société de l’apparence et du capitalisme. Il rejoint le club des doubles palmés, aux côtés des frères Dardenne, Ken Loach ou Michael Haneke.

« Nous n’avions qu’un but : faire un film qui intéresse le public et le fasse réfléchir en provoquant », a déclaré Ruben Östlund en recevant son prix. « Comme lors d’une conversation entre amis, on peut rire en abordant des sujets importants, je trouve qu’on peut faire un cinéma divertissant en parlant de sujets graves », a-t-il assuré en conférence de presse, après le palmarès.

Les spectateurs ne sont pas près d’oublier la scène de mal de mer généralisé, avec déluges de vomi et d’excréments, lors du dîner sur un bateau en perdition, ou la bataille de citations entre le capitaine, communiste, et un oligarque russe. « Tout le jury a été extrêmement choqué par ce film », a reconnu le président du jury, Vincent Lindon.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Vincent Lindon, président du jury du Festival de Cannes : « J’aime les films qui racontent un état du monde »

Laver les « humiliations »

Au-delà de la Palme d’Or, le jury où siégeaient notamment Rebecca Hall (Vicky Cristina Barcelona), l’Indienne Deepika Padukone, et les réalisateurs Asghar Farhadi et Ladj Ly, a donné sa deuxième distinction la plus prestigieuse (Grand Prix) ex aequo à la Française Claire Denis, 76 ans, (Stars at Noon) mais surtout à un jeune talent, Lukas Dhont, 31 ans.

Avec Close, son deuxième film, le Belge s’attaque avec sensibilité aux questions d’identité et au poids de la masculinité, et révèle un acteur, Eden Dambrine, 15 ans, monté sur scène à ses côtés. Ce dernier a vu le prix d’interprétation lui échapper, au profit de la star sud-coréenne Song Kang-ho, le père dans Parasite, cette fois-ci récompensé pour Les Bonnes Etoiles du Japonais Kore-eda.

Lire aussi : Lukas Dhont de retour à Cannes : « C’est pour pouvoir émouvoir ma mère que je suis devenu cinéaste »

Côté féminin, le jury a distingué un parcours courageux marqué par « des humiliations », celui de l’Iranienne Zar Amir Ebrahimi, pour son rôle de journaliste enquêtant sur des meurtres de prostitués commis au nom de Dieu, dans le thriller Les Nuits de Mashhad.

L’actrice iranienne Zar Amir Ebrahimi reçoit des mains de Guillaume Canet le Prix d’interprétation féminine du Festival de Cannes, le 28 mai 2022.

« Ce film parle des femmes, de leur corps. C’est un film rempli de haine, de mains, de pieds, de seins, de sexes, tout ce qu’il est impossible de montrer en Iran », a déclaré celle qui a vu sa carrière en Iran interrompue brutalement à cause d’un scandale sexuel, qui l’a poussée à quitter son pays pour la France.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Cannes 2022 : Golshifteh Farahani, Taraneh Alidoosti et Zar Amir Ebrahimi, trois Iraniennes sur le tapis rouge

La Belgique au premier plan

La Belgique est l’une des gagnantes du Festival : outre Lukas Dhont, les frères Dardenne, chantres du cinéma social, ont reçu un Prix spécial de cette 75e édition anniversaire, pour Tori et Lokita, drame social sur de jeunes exilés, et le couple flamand Charlotte Vandermeersch et Felix van Groeningen (Les Huit Montagnes) reçoit le prix du Jury, ex aequo avec l’ovni de la compétition, EO (« Hi Han » ), manifeste animaliste sur un âne, réalisé par une figure du cinéma polonais, Jerzy Skolimowski.

Et si la guerre en Ukraine n’a pas été oubliée au cours de ce Festival, ouvert sur un message de résistance adressé, de Kiev, par le président ukrainien Zelensky, et qui a programmé plusieurs cinéastes ukrainiens, le Russe Kirill Serebrennikov est reparti bredouille. Devenu le porte-drapeau de l’art russe en exil, le cinéaste en rupture avec le régime avait pour la première fois pu faire le déplacement sur la Croisette pour défendre en personne un de ses films en compétition, La Femme de Tchaïkovski.

Voir aussi : Le Festival de Cannes vu par le photographe Audoin Desforges

Hors compétition, le Festival a aussi voulu faire rêver le public en invitant la méga star Tom Cruise, venue présenter le nouveau Top Gun, et la nouvelle coqueluche d’Hollywood, Austin Butler, dans le rôle d’Elvis Presley pour le biopic événement du « King ». Deux films sur lesquels l’industrie du cinéma compte pour ramener les foules en salles, après deux ans de crise sanitaire.

Le palmarès complet du 75e Festival de Cannes

  • La Palme d’Or est attribuée au réalisateur suédois Ruben Östlund pour Triangle of Sadness (Sans filtre) ;
  • Le Grand Prix est attribué à ex aequo à Close, du Belge Lukas Dhont et Des étoiles à midi, de la Française Claire Denis ;
  • Le Prix Spécial de cette 75e édition du Festival de Cannes est attribué à Jean-Pierre et Luc Dardenne pour Tori et Lokita ;
  • Le Prix de la mise en scène est attribué au réalisateur sud-coréen Park Chan-wook pour Decision to Leave ;
  • Le Prix du jury est attribué à ex aequo à Le Otto Montagne (Les Huit Montagnes), de Charlotte Vandermeersch et Felix Van Groeningen, et Eo (Hi-Han) de Jerzy Skolimowski ;
  • Le Prix du scénario est attribué au Suédois Tarik Saleh pour Boy from Heaven ;
  • Le Prix d’interprétation masculine est attribué à Song Kang-ho, à l’affiche du film japonais Les Bonnes Etoiles, de Hirokazu Kore-eda
  • Le Prix d’interprétation féminine est attribué à l’Iranienne Zar Amir Ebrahimi, à l’affiche du film Holy Spider, d’Ali Abbasi ;
  • La Caméra d’or est attribuée au film américain War Pony, de Riley Keough et Gina Gammell ;
  • La mention spéciale de la Caméra d’or est attribuée à Plan 75, de la réalisatrice japonaise Hayakawa Chie ;
  • La Palme d’or du court-métrage est attribuée à Hai Bian Sheng Qi Yi Zuo Xuan Ya (The Water Murmurs), de la Chinoise Jianying Chen.

Le Monde avec AFP

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici