Le Puy du Fou fait son baptême du cinéma

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1793. Le roi est mort, guillotiné. Toute la France embrasse la Révolution. Toute ? Non. Une région, la Vendée, paysanne et catholique, se soulève contre les aspirations républicaines, provoquant une guerre civile restée dans les mémoires sous le nom de « guerre de Vendée ». Cette histoire, le parc du Puy du Fou la revisite depuis quarante-cinq ans, mettant en scène dans ses spectacles – qui attirent chaque année, hors pandémie, plus de 2 millions de personnes – un bon peuple et des nobles valeureux, mobilisés contre la Terreur. Un récit orienté, qui multiplie les raccourcis – quatre historiens ont publié, en mars, un livre enquête « sur un parc qui déforme l’histoire » (Le Puy du Faux, Les Arènes) – et qui va désormais se déployer dans les salles de cinéma.

Le 8 décembre, le film Vaincre ou mourir, centré sur le général vendéen Charette, sera projeté en avant-première dans une centaine de villes. La sortie officielle est prévue le 25 janvier 2023. Il s’agit du premier long-métrage d’une nouvelle société de production baptisée Puy du Fou Films. L’idée de cette diversification est apparue en 2020 au président de l’entreprise, Nicolas de Villiers (fils de Philippe, le fondateur), les confinements dus au Covid-19 mettant alors à mal la fréquentation du parc. « Si tu ne viens pas au Puy du Fou, le Puy du Fou viendra à toi », décide le quadragénaire, qui « rêve », depuis l’enfance, de cinéma.
« Il y a un cousinage entre le monde du cinéma et celui de la scène », revendique-t-il.

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Le choix du thème s’impose sans qu’il ait vraiment à y réfléchir : Vaincre ou mourir est l’adaptation d’un des spectacles à succès de son parc, Le Dernier Panache. Servi par un casting confirmé avec, entre autres, Hugo Becker dans le rôle principal, mais aussi Rod Paradot ou Jean-Hugues Anglade, l’œuvre a été tournée à 90 % sur le site du Puy du Fou. Deux réalisateurs novices ont été placés aux commandes, l’un venu de la publicité (Paul Mignot), l’autre du docu-fiction (Vincent Mottez). Le tout pour un budget « raisonnable », assure Nicolas de Villiers, « au-dessous de 5 millions d’euros ».

« Il y a une réécriture de l’Histoire, une imagination, voire un imaginaire spécifique au Puy du Fou. » Anne Rolland-Boulestreau, historienne

Si la maison de production assure, sur son blog, que ce « grand film épique » est construit « sur une solide documentation, avec la participation d’historiens spécialistes de la Révolution française », le patron tempère, conscient des critiques qui ne manqueront pas d’éclore : « Nous sommes des artistes, nous n’avons pas vocation à être historiens. » « Il y a une réécriture de l’Histoire, une imagination, voire un imaginaire spécifique au Puy du Fou », conteste l’historienne Anne Rolland-Boulestreau, spécialiste de la période, qui, sans être consultante, a échangé avec les réalisateurs. Pour se défendre, le Puy du Fou a exhumé une citation du roman Quatre-vingt-treize, de Victor Hugo : « La Vendée ne peut être complètement expliquée que si la légende complète l’Histoire. »

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