Le compositeur et écrivain Ned Rorem est mort

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« Je suis un compositeur qui par ailleurs écrit et non un écrivain qui compose également », aimait à répéter Ned Rorem, qui est mort chez lui, à New York, à peine un mois après avoir fêté son 99e anniversaire, le 23 octobre. Il tenait probablement à cette précision car la réputation de ses nombreux écrits sur la musique et de ses journaux intimes avait fini par outrepasser celle de ses compositions, notamment en dehors de son pays natal, les Etats-Unis.

Si aucune des partitions de son très vaste catalogue ne fit jamais scandale, The Paris Diary of Ned Rorem fit grand bruit à sa parution, en 1966 (en 2003, les éditions du Rocher ont publié sa traduction sous le titre Journal parisien 1951-1955). Dans ce premier des huit volumes de journaux intimes qu’il signera, jusqu’au dernier, Lies, A Diary, 1986-1999 (Counterpoint, 2000), Rorem raconte sa vie intime de manière claire et décomplexée.

Mais le vrai objet du scandale fut l’« outing » – un terme qui n’existait pas alors – de personnalités dont l’homosexualité n’était alors pas toujours connue publiquement. Pour autant, Rorem ne se considérera jamais comme un porte-drapeau de la libération homosexuelle (« C’est pour les jeunes générations », disait-il), encore moins un activiste, même quand il décrit dans Lies, les derniers jours et la mort des suites du sida, à l’âge de 59 ans, de son compagnon l’organiste et chef de chœur James Holmes.

Dans ses différents journaux intimes, Ned Rorem alterne potins, saillies d’observations et propos d’une grande finesse

Dans ses différents journaux intimes, Ned Rorem alterne potins, saillies d’observations et propos d’une grande finesse. Cette très vive intelligence adorait les paradoxes et les développait de manière brillante, comme en témoignent ses nombreux recueils d’essais sur la musique (pas seulement classique) et autres sujets culturels, dont aucun n’a été traduit dans notre langue, même si des figures de la culture française y sont évoquées (Jean Cocteau, Marguerite Duras, Ravel et Debussy, Poulenc, etc.).

A propos du genre qu’est le journal intime, Ned Rorem notait dans son Journal parisien 1951-1955 : « Un journal intime n’a de portée que par l’accumulation d’observations illimitées (dont beaucoup sont obsessionnelles et récurrentes), et jamais à travers le développement de thèmes (car alors, ce ne serait plus un journal). Les œuvres d’art doivent avoir un plan, un commencement, une fin. Par nature, un journal n’a pas de forme au-delà de celle, accidentelle, de l’improvisation ; c’est pourquoi, même s’il ne peut être une œuvre d’art (l’improvisation l’exclut), il peut être un chef-d’œuvre. »

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