Le Brésil remporte le Lion d’or de la Biennale d’architecture de Venise avec un pavillon décolonial

0
8

Le Lion d’or de la 18e édition de la Biennale d’architecture de Venise a été attribué au pavillon brésilien, dont la tonalité était au diapason du programme « décolonial et décarboné » proposé par Lesley Lokko, la commissaire générale de la manifestation. En charge de l’exposition, les architectes Gabriela de Matos et Paulo Tavares ont voulu creuser sous le béton de Brasilia, ville nouvelle érigée en capitale du pays à la fin des années 1950 par le président Juscelino Kubitschek, pour voir ce que recouvrait le projet démiurgique de Lucio Costa et d’Oscar Niemeyer, classé par l’Unesco patrimoine mondial de l’humanité. Leur entreprise les a conduits à mettre à nu le mythe moderniste de la table rase et à révéler les exactions commises en son nom.

En l’occurrence, l’appropriation par le pouvoir central de terres fertiles où vivaient, et dont prenaient grand soin, des tribus indigènes et quilomboloa (descendants d’esclaves noirs qui avaient fui les plantations).

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés A la Biennale d’architecture de Venise, l’Afrique en majesté

Cette pulsation décoloniale court partout dans les artères de la Biennale, de l’Arsenale aux Giardini. Et notamment dans l’exposition que le Victoria and Albert Museum consacre au modernisme tropical au Ghana : elle oppose une première période, ouvertement coloniale, lancée par un duo d’architectes britanniques (Maxwell Fry et Jane Drew) dédaigneux de toute forme de savoir issu du continent africain, à une seconde qui a pris la forme, quand le pays a gagné son indépendance, en 1957, d’une coopération fructueuse entre architectes ghanéens et occidentaux.

Politique coloniale et recyclage

Dans les pavillons des pays dits du Nord global, un même regard sans concession est porté sur la domination territoriale qu’ils exercent. Le pavillon israélien s’est lui-même mis sous scellé dans le cadre d’une exposition censée opposer l’architecture bunkerisée des data centers à celle des centres de communication du siècle passé, évoquée par une série de petites maquettes disposées dans la cour située à l’arrière. Ce geste radical ne peut toutefois se comprendre autrement que comme un commentaire sibyllin sur la politique coloniale de ce pays plus que jamais refermé sur lui-même.

Le projet des Suisses a consisté à faire tomber le mur qui séparait leur pavillon, historiquement, de leur voisin vénézuélien, en signe d’appel à la fraternité et à la coopération entre les nations. L’exposition autrichienne met en cause jusqu’au bien-fondé de cette organisation privée qu’est la Biennale de Venise dont l’emprise dévore toute une partie de la ville…

Il vous reste 51.11% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici