L’artiste Jérôme Zonder extirpe sa créature de l’ombre

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Le corps est avachi, croulant sous le poids des images hybrides qui le composent. Le visage n’a plus de traits. Pour plonger dans les profondeurs et la noirceur de Pierre-François, l’œil doit zigzaguer entre une multitude d’images, certaines familières, d’autres plus énigmatiques. Cela fait dix ans que ce personnage hante les dessins en noir et blanc de Jérôme Zonder.

Comme Baptiste et Garance, deux autres figures obsessionnelles avec lesquelles il forme un trio, Pierre-François tire son nom du film Les Enfants du paradis (1945), de Marcel Carné. Il incarne les convulsions du XXIe siècle et un condensé de l’espèce humaine à l’ère du grand basculement numérique. « Pierre-François est un personnage négatif, un consommateur apathique qui s’abîme dans les images », décrit Jérôme Zonder, dont l’exposition à la galerie Nathalie Obadia, à Paris, court jusqu’au 12 novembre.

Fonctionnant par flash, à coups d’intuitions et de fulgurances, ce virtuose du dessin a glané sur Internet les images qui composent son personnage, puisant à la fois dans l’histoire de l’art, notamment Le Massacre des innocents, de Nicolas Poussin, peint au XVIIsiècle, et dans les films qui l’habitent depuis toujours : Alien, la plus terrifiante créature jamais imaginée par la science-fiction, mais aussi les œuvres de Jean-Luc Godard, le réalisateur qui fit exploser les cadres, les formes et les valeurs.

« La difficulté, c’est de faire jouer les images entre elles pour qu’on ressente qu’un corps se dresse ou ­s’affale. » Jérôme Zonder

Et surtout Stanley Kubrick et son Orange mécanique, qui renvoyait la société à ses peurs et à ses hypocrisies. Il y a dans Pierre-François quelque chose d’Alex, ce chef d’une bande de jeunes voyous, habité par le spectacle de sa propre violence. Aux yeux de Jérôme Zonder, cette filmographie offre une multitude de portes d’entrée au spectateur. « Le fait de les invoquer dans mes dessins ravive une mémoire commune et donne des clés » précise-t-il.

Une fois les images trouvées, l’artiste les a patiemment amalgamées pour « architecturer le corps » de Pierre-François. « La difficulté, c’est de faire jouer les images entre elles pour qu’on ressente qu’un corps se dresse ou ­s’affale, explique-t-il. Pour que cette collision d’images forme un dessin, il faut qu’un accident se produise. » Pour ce travail graphique de longue haleine, Jérôme Zonder est resté fidèle au fusain, « parce que le carbone qui le compose est la molécule la plus répandue dans l’univers, celle qui nous compose et c’est la marque aussi d’une ­tradition dont on hérite. »

« Sans issue (étude pour un portrait de Pierre-François) », de Jérôme Zonder, jusqu’au 12 novembre, galerie Nathalie Obadia, 3, rue du Cloître-Saint-Merri, Paris 4e.

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