La mort de Pablo Milanes, l’une des voix de la « nueva trova » cubaine

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Les Cubains aussi sont romantiques. Quand un auditoire, à Cuba ou partout où les enfants du castrisme s’étaient exilés, reprenait en chœur le « Te amo/Eternamente te amo » de Yolanda, chanson fétiche du « trovador » Pablo Milanes, l’émotion courait à fleur de peau. La chanson, publiée en 1982, tenait lieu de déclaration d’amour à Yolanda Benet, épousée en 1969, et figure bien connue de l’Institut cubain des arts et de l’industrie cinématographiques (ICAIC), cheville ouvrière du cinéma à Cuba. Pablo Milanes eut quatre femmes et cinq enfants, que l’auteur, compositeur, interprète considérait comme « parties prenantes, d’un même amour », décliné au long des décennies. La déclinaison Milanes, c’était aussi la géopolitique cubaine, l’entraide sud-américaine et les gènes mutants de la musique cubaine, dansante tout autant que gracieuse. D’une voix au débit poétique, d’une touche de conga et de guitare, d’une ligne de piano jazz, Pablo Milanes avait affranchi Cuba de ses frontières.

Né le 24 février 1943 à Bayamo, dans l’est de l’île, sur la route de Santiago de Cuba, Pablo Milanes est mort, mardi 22 novembre, des suites d’une maladie onco-hématologique. Il était âgé de 79 ans, et avait été hospitalisé à Madrid, capitale d’une Espagne où sa notoriété ne s’était jamais démentie.

Pablo Milanes est rapidement marqué par le « filin », de l’anglais « feeling », qui désigne un mélange des Amériques, via le boléro, le jazz et ses crooners

Pablo Milanes a 16 ans quand Fidel Castro et ses compagnons de lutte renversent le régime dictatorial de Fulgencio Batista. Il étudie la musique au conservatoire de La Havane. Musicalement, Cuba est un laboratoire. Venu de l’« Oriente », la région mère de la « trova » et du son traditionnel, Pablo Milanes est rapidement marqué par le « filin », de l’anglais feeling, qui désigne un mélange des Amériques, via le boléro, le jazz et ses crooners, qui ont précédemment conquis le Brésil, apportant à Rio les ingrédients de la bossa-nova. Fidèle, Pablo Milanes publie, en 1981, un album consacré au genre, intitulé Filin, reprenant notamment des chansons de Marta Valdes, née en 1934 à La Havane. Le « filin » avait emprunté à la « vieja trova », telle qu’incarnée par les sœurs Faez ou le Septeto Nacional, mais aussi à Frank Sinatra ou Tommy Dorsey.

Le temps de la mafia des casinos et de la débauche étant passé, Fidel Castro et Che Guevara ayant sabré les bases du relâchement pour mettre en place le socialisme caribéen, la jeune garde de la musique havanaise, dont Pablo Milanes fait partie, invente un nouveau genre musical : la « nueva trova », contestataire, impactée par le social et la politique, mais romantique et dansante, bien sûr.

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