La montagne magique du photographe Thomas Rousset

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Appartiennent-ils au passé, au futur ou au temps indéterminé d’un roman ? Les personnages qui peuplent les photographies de Thomas Rousset semblent en suspens. Ruraux, à n’en pas douter, et poètes de leur quotidien : ils sont les modestes héros de l’orée qui nous fait glisser du réel à l’imaginaire.

C’est dans le village de sa famille que le jeune photographe français les a mis en scène. Prabert, en Isère, un hameau à quinze minutes de Grenoble dont il connaît tous les habitants, les moindres recoins. C’est là que ses images ont viré au fantastique, tendance vernaculaire. « Quand je faisais mes études de photographie à l’ECAL [Ecole cantonale d’art de Lausanne, en Suisse], de 2005 à 2009, je revenais tous les week-ends dans mon village, et c’est là que je réalisais mes “devoirs” », raconte Thomas Rousset.

Oncles ou cousins, les paysans du coin lui servent de modèles ; au fil des montagnes, il exerce son œil à la photographie de paysage. Des exercices de style des plus classiques : ses premières images relèvent du simple documentaire. « Et puis la fiction, la mise en scène sont arrivées peu à peu. »

Une campagne surréaliste

A Prabert, on ne jette rien : tout peut servir, tout se recycle, tout se répare. C’est dans ces amas d’objets, « entre la caverne d’Ali Baba et le stockage de décors de théâtre », que le photographe de 38 ans puise la matière première de ses mises en scène. Une femme qui regarde le linge sécher sous l’œil d’une buse, deux hommes qui contemplent bizarrement un poulet devant une table où tout pourrit comme dans une nature morte flamande, une tête de sanglier accrochée à un sommier, devant un mur peint d’un palmier…

Sous son regard, la campagne vrille surréaliste. Certaines de ses photographies prennent simplement le parti pris des choses ; d’autres tournent au burlesque, au fantasque, au « réalisme magique ». « J’aime provoquer un doute, en mêlant ces deux registres d’images, explique-t-il. D’un côté, des images hypernaturelles, ­minimales, des herbes, des paysages ; de l’autre, des mises en scène très construites, qui nécessitent parfois plusieurs jours d’élaboration. C’est ce mélange qui m’intéresse, cette allure de docu-fiction qui fait que celui qui regarde se demande si tout est mis en scène, ou pas. »

« Depuis quelques années, la gentrification s’est accélérée, les fermes sont rachetées et transformées en chalets de luxe, d’un coup, le village a explosé. » Thomas Rousset

Au début, les Praberiens le regardent faire, un peu interloqués. Mais, devenant des « Prabérians », un gentilé plus anglo-saxon, sous le souffle de son grain de folie, ils se prennent petit à petit au jeu, proposant eux-mêmes des « situations » : « Je n’aurais jamais pu réaliser ces images sans leur complicité, notamment celle de mon petit-cousin. »

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