« Juste une nuit » : l’épopée d’une mère courage en Iran

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L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR

Lorsque Fereshteh reçoit un coup de fil de sa mère, elle dépose son bébé dans son lit, quitte la chambre et ferme la porte derrière elle. Quand les pleurs de l’enfant s’entendent à travers la cloison, elle sort sur le palier. Il n’en faut pas plus pour comprendre la situation : Fereshteh n’a pas informé sa famille de l’existence de sa fille. Mais le stratagème trouve ses limites lorsque ses parents lui annoncent leur arrivée imminente à Téhéran, où ils passeront la nuit.

Dès lors, le film se présente comme un cas pratique : de quelle manière cacher un bébé sans lui faire courir de risque, ni être soi-même démasquée ? Si le problème semble assez simple à résoudre – le confier à une nounou, un ami ou un voisin –, il s’avère beaucoup plus compliqué pour une jeune femme iranienne dont l’enfant est né hors mariage.

Empruntant à l’esthétique du néoréalisme iranien (Abbas Kiarostami, Jafar Panahi, Majid Majidi…), Juste une nuit, du cinéaste Ali Asgari, épluche dans ses détails ordinaires la quête de Fereshteh, soutenue par Atefeh, une amie proche qui vit dans une résidence étudiante. Rien que le repérage d’une bonne âme qui accepterait de garder les affaires du nouveau-né s’avère délicat.

Briser les chaînes de la tradition

L’épopée engendre une sorte de suspense et dessine, de plus en plus précisément, le portrait d’une jeune femme courageuse. Si Fereshteh n’est pas encore totalement libérée du terrain de l’obéissance, elle devient un visage de la génération Z qui brise les chaînes de la tradition. En cela, le film fait écho au soulèvement de la jeunesse descendue dans les rues à la suite de la mort de Mahsa Amini, le 16 septembre, à Téhéran, pour ne pas avoir porté assez strictement son foulard.

Aux dires du réalisateur, si vivre avec son petit ami hors mariage commence à être accepté, la question de l’enfant est toujours taboue pour une grande partie des Iraniens

D’un bout à l’autre de la ville, Fereshteh, son bébé sur la poitrine, et Atefeh avancent, la vie à bout de bras. Refus sur refus, elles passent de pas-de-porte en salles d’attente, pressentent le pire sur des parkings, espèrent trouver une solution dans des rades… Sensation qu’elles n’ont de place nulle part dans ce Téhéran bruissant, saturé d’interdits et de suspicions à l’égard des jeunes mères sans mari. Aux dires du réalisateur, si vivre avec son petit ami hors mariage commence à être accepté, la question de l’enfant est toujours taboue pour une grande partie des Iraniens.

De la même manière que les hommes ont rejoint les femmes dans les rues pour les aider à lutter contre le régime, Juste une nuit n’oppose pas les genres : les aides proposées à Fereshteh comme les fins de non-recevoir émanent aussi bien des deux. Plus intéressant, le film choisit de confronter les perspectives nouvelles et les idées traditionnelles qui font proliférer la peur et la honte.

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