James Daunt, l’homme d’affaires britannique qui met les librairies à la page

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Nous avons la rentrée littéraire, ils l’appellent « holiday season ». En France comme dans les pays anglo-saxons, l’automne est un moment crucial pour l’industrie du livre, censé se conclure en apothéose – et en librairie – avec les cadeaux de Noël. En 2020, une étude du NPD BookScan (l’institut de référence pour le suivi des ventes de livres aux Etats-Unis) le confirmait : 25 % des achats de livres de l’année se font aux mois de novembre et de décembre. Pas question, donc, de se louper, pour les librairies, menacées depuis des années par la concurrence du géant de la vente en ligne Amazon.

Aux Etats-Unis, 50 % des ventes de livres se feraient aujourd’hui par Internet, selon l’Association des libraires américains. En Angleterre, et depuis trois ans aux Etats-Unis, un homme semble cependant avoir trouvé la martingale pour redonner leur lustre aux librairies physiques face aux commodités du commerce en ligne. James Daunt, 58 ans, est « l’homme qui a sauvé Waterstones », claironnait en 2014 le quotidien britannique Evening Standard. Il a repris, en 2011, la direction générale de cette chaîne de librairies anglaise, qui a désormais renoué avec les profits. Depuis 2019, il est également aux commandes du groupe américain Barnes & Noble, où il est en passe de reproduire le même exploit.

« Les clients vont en librairie pour l’expérience, être au contact d’autres lecteurs, voir et toucher les livres, mais aussi pour parler aux libraires et solliciter leur avis. » James Daunt

Lorsque nous le rencontrons, un matin de septembre, dans le café au sous-sol de la plus grande enseigne Waterstones de Londres (et plus grande librairie d’Europe), à deux pas de Piccadilly Circus, James Daunt est plutôt fringant. A peine rentré de New York, il dit s’être habitué au décalage horaire : marié et père de deux filles presque adultes, il passe depuis trois ans une semaine par mois outre-Atlantique. « Il a créé une cohorte de librairies indépendantes qui ont la force de frappe commerciale d’une chaîne », résumait dans le New York Times, en 2019, Tom Weldon, le patron du géant de l’édition Penguin Random House au Royaume-Uni.

James Daunt est lui-même libraire indépendant depuis plus de trente ans : après un bref début de carrière dans la finance, il crée, en 1990, Daunt Books, qui compte aujourd’hui neuf enseignes à travers ­l’Angleterre. C’est fort de ce succès qu’il applique, dès 2011, ses recettes à la chaîne Waterstones. Son credo ? « Quand les librairies font bien leur boulot, les gens y vont. » « Bien faire le boulot, poursuit-il, c’est créer un magasin agréable, où les gens ont envie d’être. Les clients vont en librairie pour l’expérience, être au contact d’autres lecteurs, voir et toucher les livres, mais aussi pour parler aux libraires et solliciter leur avis. » Autant de choses qu’Amazon ne peut offrir.

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