James Blake, prodige de la musique électronique à la voix enchanteresse, à découvrir en dix points

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Cinq albums en dix ans, cinq chefs-d’œuvre. Auteur, producteur, compositeur, interprète, multi-instrumentiste : James Blake, British de 33 ans, est devenue l’un des phares de la musique actuelle. Dès son inaugural James Blake, ce musicien à la formation classique a bouleversé la scène électronique internationale par son ultra-sensibilité. La musique de James Blake a le pouvoir d’établir une sorte d’intimité partagée avec son public. Chaque morceau est une porte entrouverte sur les failles de l’artiste où l’auditeur est invité à pénétrer. 

Guidé par une voix tantôt cristalline, tantôt robotique, le public plonge au rythme des sonorités minimalistes dans les tréfonds de sa mélancolie, là où la vulnérabilité est exaltée. ​​”Grâce à une bonne progression d’accords et de paroles, vous pouvez lancer une capsule temporelle que quelqu’un d’autre peut partager et alors éprouver un même sentiment“, explique-t-il sur France Inter. En somme, un romantique comme William Blake, peintre britannique du 19e siècle qui lui inspirera son nom de scène. Très engagé sur les questions liées à la santé mentale, James Blake s’exprime souvent à ce sujet et a même participé à l’écriture d’un essai publié dans It’s Not OK to Feel Blue de Scarlett Curtis.

Le talent de James Blake ne se limite pas à sa voix suave et à ses mélodies planantes, le Britannique récemment installé à Los Angeles est une pépite de la génération des “bedroom producer”, ces producteurs qui travaillent de manière indépendante dans un studio bricolé à domicile. Ses deux premiers albums, James Blake et Overgrown – celui-ci qui lui vaudra d’ailleurs le prestigieux Mercury Music Prize – ont été intégralement enregistrés entre les quatre murs de son appartement londonien.

Depuis, le producteur prodige a collaboré avec la crème de la scène rap et R’n’B. Beyoncé, Jay-Z, Kendrick Lamar, Frank Ocean, André 3000 du duo Outkast ou Rosalia, pour ne citer qu’eux. Des expériences qui laissent de belles empreintes sonores dans Friends That Break Your Heart, son dernier album à la production nettement plus rap que les précédents. Dix pistes pour découvrir cet inclassable, à l’affiche du Festival Rock en Seine ce vendredi 26 août.

1Piano ou guitare ?

Des émotions, crues ou sensibles, ne peuvent passer que par la guitare, regardez par exemple mon héros Hendrix ! Le problème, c’est que la guitare est très souvent maltraitée, jouée par des tocards. Pour moi, en comparaison, un clavier, c’est clair et net, mathématique, les notes blanches, les notes noires, ça a très vite parlé à mon esprit cartésien, à ma logique…”, explique-t-il aux Inrocks datant de 2013.

2Un premier souvenir en musique ?

“Il semble presque ridicule de dire que j’avais le projet d’être musicien à l’âge de trois ans. Mais mon premier souvenir était de chanter (Sittin On) The Dock Of The Bay d’Otis Reading, ou d’essayer de chanter à l’âge de trois ans dans le bain. Je ne peux pas vraiment dire les mots, mais vous pouvez m’entendre essayer continuellement de bien faire les choses, ce qui est inhabituel, c’est presque comme si j’étais né perfectionniste, se rappelle le Britannique dans une interview publiée au GRM Daily

3Victime de harcèlement scolaire

“Je pense que quand tu es à l’école, ils trouveront vraiment n’importe quelle raison [pour t’intimider]. C’est un peu aveugle d’une certaine manière. La discrimination est aveugle. J’avais le cœur sur la main. J’étais une cible facile. J’étais un peu bizarre et je pense que je ne m’intégrais pas vraiment, avoue-t-il au magazine de musique électronique EDM. Je me souviens plus jeune, j’avais des tics de type Tourette et toutes sortes de choses qui n’aidaient probablement pas. Des choses dont j’ai réussi à me débarrasser plus tard. Mais il y avait tellement de façons de s’en prendre à moi à l’époque” (rires).

4Less is more 

“Pour obtenir la simplicité de mes chansons, je passe par une phase d’extrême complexité. Ensuite, je me contente de retirer, couche après couche, note après note… Ma musique idéale, elle s’adresse à votre sensibilité harmonique de manière détournée. Comme chez Satie : il utilise des voies peu conventionnelles, mais vous mène à destination, toujours. J’aime utiliser ce genre de vocabulaire inusité pour dire des choses très humaines. Je maudis la paresse de tant de musiciens qui se contentent d’utiliser des formules éculées, de recycler les mêmes sons Apple… Ils paraissent difficiles, mais je ne suis jamais sorti frustré ou désemparé après tel ou tel morceau de Satie ou de Talk Talk”. raconte James Blake dans Les Inrocks.

5La musique, c’est les autres

“Pendant longtemps, j’ai regardé des gens comme Kendrick et Adele – ces gens qui ont vendu des millions de disques – et je me suis mis dans une autre catégorie. J’ai pensé, eh bien, ils peuvent atteindre la grandeur et être mondialement reconnus, mais ce n’est pas quelque chose que je vais réussir à atteindre. Les gens viennent me voir pour des idées bizarres et ça me va. Puis, quand j’ai travaillé avec Beyoncé sur Lemonade, ça a été un grand moment pour moi. Cela m’a fait réaliser que je pouvais être accessible à un public plus large, et ce n’est pas une mauvaise chose. C’est en fait une bonne chose, parce que Lemonade est un super album. Si je peux être inclus là-dedans, alors peut-être que cela me recontextualise“, confie-t-il à la revue musicale américaine The Fader.

6Se détacher des outils électroniques

“Quand j’ai commencé à devenir connu, beaucoup de gens faisaient tout un plat sur le fait que je faisais tout avec un ordinateur portable. Je faisais essentiellement de la musique DIY [do it yourself ou fait maison]. Pas d’ingénieur ou de grand studio ou ce genre de choses. Mais cela m’a, en fait, assez affecté – avoir toute ma carrière menée à partir de cet ordinateur. Regarder cet écran toute la journée vous enlève votre… Je me sentais vraiment comme un robot à la fin d’une session. Et cela a vraiment jouer sur ma capacité à socialiser”, raconte James Blake à un journaliste de l’EDM. (…) “En tout cas, quand les enfants ou d’autres personnes me demandent maintenant ce qu’ils devraient utiliser pour faire de la musique, je dis simplement d’aller sans DAW [ensemble d’outils électroniques qui traitent numériquement un son]. Essayez autre chose (rires). Ne faites pas ce que j’ai fait” 

7Des morceaux formant des fragments du passé

“Certaines de ces chansons sont assez brutes”, lâche-t-il au magazine i-D au sujet de l’interprétation live des morceaux de son dernier album Friends That Break Your Heart. “Je suis découragé de jouer [ndlr: les morceaux] parce qu’ils me ramènent presque au moment où je les ai écrits et à ce que je ressentais alors, et je trouve cela assez difficile. C’est probablement un côté de l’écriture de chansons dont on ne parle pas beaucoup – à quel point il peut être difficile de revenir en arrière et de chanter certaines de ces choses. Aussi cathartiques qu’elles aient été à écrire, elles deviennent parfois des fragments inévitables et immortalisés de votre passé.”

8L’amusement avant tout

Qui va être sur votre album ? C’est le genre de question que je déteste le plus”, dit-il. “Je veux juste faire de la très bonne musique et travailler avec des gens avec qui je m’amuse. Désormais, je ne fais pas une session si je pense que ça ne va pas être amusant. Si je ne vais pas rire ou m’amuser, je n’en vois pas l’intérêt”, avouait-il en septembre 2021 au magazine GQ. “Je ne ferai plus jamais l’erreur de mettre une chanson sur un disque qui ne me fait pas forcément du bien“, jure-t-il un peu plus bas.

“Je ne vais pas citer de noms, mais il y a eu des moments où j’ai repensé à un processus et je me suis dit : ce n’était pas si amusant. Ensuite, je dois jouer la chanson en direct ou autre et je ne veux pas parce qu’elle a été imprégnée de ça. C’est drôle comme les chansons portent l’énergie des sessions passées.”

9Déconstruire les clichés de la masculinité

“Nous sommes censés être des personnes qui expriment leurs sentiments. Nous avons toujours traversé le temps. Donc l’idée que c’est nouveau et que les hommes deviennent mous et bla bla, c’est du n’importe quoi. Les gens ont toujours fait cela […] je pense que nous devons protéger les gens qui sont honnêtes dans leur cœur, ils sont les derniers à faire rempart. Les rappeurs qui parlent de leur dépression et sont ouverts sur leurs sentiments établissent un modèle pour le hip-hop en général et tous les autres genres de rap”, défend le chanteur dans l’interview du GRM Daily.

10Sensibiliser sur la santé mentale des artistes

“Je connais beaucoup de groupes qui sont vraiment restés sur la route. Je ne pense pas que cela ait aidé qui que ce soit, à part financièrement – et je pense que l’une des choses que vous apprenez après un tas de tournées est que l’argent ne sert à rien si vous rentrez chez vous et que vous n’avez personne pour qui vous pouvez le dépenser”, sensibilise James Blake lors du colloque annuel de la Performing Arts Medicine Association (PAMA) organisé en 2018, lui qui a vu naître sa dépression lors d’une tournée au début de sa carrière.

Nous sommes la génération qui a vu plusieurs autres générations de musiciens se tourner vers la drogue et se tourner vers les excès et les mécanismes d’adaptation qui les ont détruits. Et il y a tellement de personnalités qui se sont récemment suicidées. Nous avons donc, je pense, la responsabilité d’en parler et de mettre fin à cette stigmatisation” a-t-il ajouté.

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