Hannah Gadsby, une drôle de comique australienne

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La dernière fois qu’elle a tapé son nom dans Google, c’était il y a quatre ans. Elle ne veut plus le faire. « C’est trop dangereux, je n’ai pas besoin de me détester », explique-t-elle. Sur l’écran de notre ordinateur, pour l’entretien qui va se dérouler en visio, apparaît le visage reposé de Hannah Gadsby sous sa casquette noire. Les conditions de l’interview, strictes, sont les mêmes que celles des divas américaines : vingt minutes – pas une de plus – en présence de l’attachée de presse parisienne.

Fin octobre, après deux journées à enchaîner ces entretiens en ligne avec les médias français, Hannah Gadsby a rempli le Trianon (18arrondissement) deux soirs de suite avant d’enchaîner sur sa tournée européenne au pas de course. Inconnue il y a encore cinq ans, elle est devenue célèbre, « brutalement », dit-elle, en 2018 après la diffusion sur Netflix de Nanette, one-woman-show indéfinissable dans lequel elle annonçait abandonner la comédie.

Ce succès planétaire et inattendu lui vaut d’avoir son visage placardé dans les métros et sur les bus des capitales où elle donne ses spectacles. Car l’humoriste australienne ne s’est pas retirée de la scène. Deux ans après Nanette, elle a présenté Douglas avec le même succès et joue depuis plusieurs mois son dernier stand-up, Body of Work, à guichets fermés.

Une narration plutôt que des blagues

Née le 12 janvier 1978 à Smithton, en Tasmanie (Australie), Hannah Gadsby a d’abord fait des études d’histoire de l’art avant de bifurquer vers la comédie. Son personnage de grosse lesbienne dépressive et rigolote et ses blagues du genre « j’ai toujours eu des cuisses épaisses. Une fois j’ai scalpé une fille en jouant à saute-mouton » lui ont valu un certain succès dans son pays avant de lui plomber le moral. Un jour, elle en a eu marre de se couvrir de honte : « Se rabaisser soi-même quand on est forcé de vivre à la marge n’est pas de l’humilité, c’est de l’humiliation. »

C’est de cette prise de conscience qu’elle a tiré Nanette, sa « comédie pas drôle » qui a désarçonné dans sa profession : peut-on vraiment parler d’humour au sujet de spectacles où elle raconte l’inceste, le viol et les harcèlements homophobes dont elle a été victime ? Peut-on encore qualifier de stand-up ce monologue pas marrant qui provoque des émotions très vives chez les spectateurs ? Une artiste qui s’ouvre autant sur son corps, son identité sexuelle, sa santé mentale et son diagnostic tardif d’autisme peut-elle être célébrée comme la reine de la rigolade ? « Le modèle du stand-up américain n’est pas le seul », rétorque Hannah Gadsby.

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