« Goldman », d’Ivan Jablonka : faire entrer Jean-Jacques Goldman dans un livre d’histoire

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« Goldman », d’Ivan Jablonka, Seuil, « La librairie du XXIe siècle », 400 p., 21,90 €, numérique 16 €.

Un historien peut-il, comme un chanteur, faire un « tube » ? Ivan Jablonka ne cache pas avoir éprouvé un peu de cette ­envie en écrivant Goldman : « Je ne veux pas avoir que des collègues, je veux avoir un public », reconnaît le professeur d’histoire contem­poraine à l’université Sorbonne Paris-Nord, en expliquant au « Monde des livres » l’importance qu’il a accordée à la lisibilité de son livre consacré à l’auteur-compositeur-interprète. D’où un style clair et des chapitres courts, comme l’étaient ceux de Laëtitia ou la fin des hommes (Seuil, 2016), enquête sur un fait divers qui valut au chercheur le Prix littéraire Le Monde et le prix Médicis, et connut une résonance à laquelle ne l’avaient pas habitué ses précédents travaux.

Ce qui l’a poussé à écrire ce texte n’est cependant pas l’espoir de faire en sciences sociales l’équi­valent de la chanson Je te donne. Après avoir écrit deux essais qu’il définit comme des « socio-histoires de [s]on enfance », En camping-car et Un garçon comme vous et moi (Seuil, 2018 et 2021), l’intel­lectuel né en 1973 a réfléchi au fait que lesdites jeunes années avaient eu pour « bande-son » les hits de Jean-Jacques Goldman, ­invités permanents du Top 50 à ­partir de 1982.

Lui est alors apparu ceci : « Il est un point d’intersection de plusieurs de mes questionnements et de mes livres. » La trajectoire des Goldman, juifs polonais immigrés en France, n’était pas sans écho avec celle des Jablonka, rapportée dans Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus (Seuil, 2012). Les choix politiques d’Albert Goldman, le père communiste et résistant, de Pierre, le demi-frère « gauchiste » (1944-1979) qui connut une dérive violente, et de Jean-Jacques, tenant d’une « deuxième gauche sociale-démocrate », racontaient quelque chose sur « l’histoire des gauches françaises », qui l’intéresse en tant qu’historien et que citoyen.

Que le chanteur incarnât « des masculinités dissidentes pour lesquelles il a été dénigré » ne pouvait qu’attirer l’auteur de Des hommes justes (Seuil, 2019). Enfin, le chercheur estime important de se pencher sur la pop culture, à ses yeux négligée : « Je trouve triste et regrettable que les sciences sociales se détournent de la culture de masse. L’académisme fait des ­ravages et produit des zones d’ignorance. » Ivan Jablonka reconnaît cependant qu’il ne s’est pas attelé à cet ouvrage pour combler cette supposée « lacune historiographique » : l’impulsion fondamentale est « le plaisir ». Qui ne l’a guère quitté quand il travaillait à ce projet croisant « biographie de Jean-Jacques Goldman, portrait de la société qui a rendu possible le “goldmanisme” et autobiographie collective ».

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