« Fumer fait tousser » : Quentin Dupieux, dingue et mélancolique

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L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR

Fumer fait tousser, c’est toujours mieux que « Fumer tue ». On en est là, accrochés à une taffe de cigarette, inhalant notre mort prochaine avant que la somme de nos négligences nous soit fatale, à tous. Le dernier long-métrage du prolifique Quentin Dupieux (le troisième depuis Le Daim, sorti en 2019) est sans doute le plus noir et le plus mélancolique de tous ses films, derrière son scénario de super-héros benêts mais gentils. Peut-être ceci explique-t-il cela : la médiocrité nous mène droit dans le mur. Mais Dupieux se refuse à coller un message sur le pare-brise et balade le spectateur sur un chemin incertain, chaque histoire dévalant un peu plus la pente vers la banalisation du gore et du désarroi…

Mais commençons par le début : on découvre les cinq justiciers de la « Tabac Force » en train de passer à tabac une tortue répugnante, bien que la bête ne fasse pas si peur. Elle ressemblerait presque à une sorte de Casimir affolé, qui aurait revêtu une carapace verte en guise de bouclier. Aucun enjeu ne semble d’ailleurs animer la scène d’ouverture, si ce n’est qu’il faut tuer le monstre, et la mission remplit de joie des équipiers, qui le pulvérisent à coups de produits toxiques jaillissant de leur avant-bras.

Effet Shéhérazade

Sur cette planète pas nette, peut-être faut-il traiter le mal par le mal : il y a là Nicotine (Anaïs Demoustier), Benzène (Gilles Lellouche), Ammoniaque (Oulaya Amamra), Mercure (Jean-Pascal Zadi) et Méthanol (Vincent Lacoste), moulés dans leurs combinaisons bleu ciel. Les ravis du Kärcher sont voués corps et âme à leur tâche − surtout le corps pour les filles, traitées comme des objets par leur libidineux directeur, une tête de rat bavant avec la voix d’Alain Chabat. Les cinq « nettoyeurs » ne tardent pas à être envoyés par leur patron à la campagne, au prétexte de renforcer la cohésion du groupe. Une cabane aux allures de capsule utopiste les attend dans une nature champêtre.

L’air de rien, Dupieux construit des images fulgurantes, comme celle d’un poisson conteur qui n’a pas le temps de finir sa phrase, puisqu’on est en train de le faire cuire

Délivrés de leur labeur, les collègues vont tuer le temps en se racontant des histoires plus terrifiantes les unes que les autres. Les récits s’enchaînent à la « Dupieux que je t’enfonce dans l’œil », procurant un effet Shéhérazade, ne jamais s’arrêter pour rester en vie. Fumer fait tousser se situe dans l’antichambre de la fin du monde, où tout est permis : le cinéaste s’amuse à dissimuler ses comédiens sous des perruques, au point que certains sont méconnaissables − telle Anaïs Demoustier en blonde, avec une coupe à la Stone − ou à les faire jouer quelques minutes et puis s’en vont, tels Adèle Exarchopoulos, Doria Tillier, David Marsais, Grégoire Ludig.

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