Festival d’automne : Yuri Yamada, l’engagement au corps

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Cet été, Yuri Yamada était occupée. Vêtue de jaune, le cou ceint d’un collier de coquillages multicolores, lunettes de soleil orange, la dramaturge, metteuse en scène et actrice japonaise figurait en août dans une vidéo acidulée détaillant les bruits de l’été. Un clip pour le programme Shinapusu, réservé aux 0-2 ans et supervisé par le laboratoire spécialisé dans la petite enfance de l’université de Tokyo. En juillet, elle prenait position à l’approche des élections sénatoriales. Sans surprise, la trentenaire, connue pour son engagement féministe, mettait en avant les formations prévoyant des mesures pour les LGBT+. Elle rappelait au passage que le Japon n’a pas de législation contre les discriminations envers ces minorités.

Yuri Yamada s’est imposée en une dizaine d’années comme une figure du théâtre japonais en abordant des sujets souvent tabous dans la société nippone. Et pourtant j’aimerais bien te comprendre, présenté au Festival d’automne, est une œuvre « écrite en réfléchissant aux rôles des genres, à l’inconfort d’un corps de femme enceinte et à la violence sexuelle entre les partenaires ». Au cœur de la pièce : le rapport au corps et le consentement au sein du couple. Le choix du théâtre pour transmettre ses messages et ses questionnements tient à la fréquentation des tréteaux dès sa jeunesse. A 7 ans, Yuri Yamada, née en 1992, jouait Cosette enfant dans la comédie musicale Les Misérables, donnée au Théâtre impérial.

Sentiment de malaise

A l’université Rikkyo, où elle suit des cours au département des arts visuels, elle s’intéresse d’abord au cinéma. Un jour, elle écrit un monologue qu’elle lit à un ami. « C’est intéressant. Tu devrais le mettre en scène », l’encourage-t-il. Il s’agit de la première pièce jouée par la compagnie Zeitaku Binbou, créée pour l’occasion. Elle prend conscience que le théâtre est « une forme d’art libre, puissante et complète qui incarne la vie ». Entre des apparitions dans des publicités, dans des séries télévisées ou des films – elle a reçu le prix Tama New Wave de la meilleure actrice pour son rôle dans Michiteiku, de Risa Takeuchi, elle aussi jeune diplômée de Rikkyo –, Yuri Yamada écrit et met en scène.

Les histoires se forment quand elle « capte un sentiment de malaise dans la vie quotidienne ». Une promenade en ville, un visionnage des informations. Parfois, l’impression vient de la sensation que « quelque chose ne va pas » dans la société. « Je garde un stock de petits sentiments inconfortables. Par exemple, je pensais que le bonheur était de se réveiller avec le soleil et de se coucher le soir avec lui. Si c’est le cas, les personnes qui travaillent dans des supérettes ouvertes 24 heures sur 24 ne peuvent pas atteindre le bonheur. » De cette analyse est né le troisième volet de son « Uchi Project » (« Uchi » veut dire « maison »), monté dans un logement et dont les protagonistes sont des femmes nées sous l’ère Heisei (1989-2019), la génération de Yuri Yamada. Dans ce spectacle, les femmes gagnent leur vie en travaillant de nuit dans des supérettes, et leur quotidien évolue peu à peu vers l’extraordinaire.

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