Festival d’automne : Tomohiro Maekawa, à deux pas du réel

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Tomohiro Maekawa est en répétition. Le dramaturge japonais prépare à Tokyo L’Ennemi du ciel, une pièce sur le mystère de la renommée et de la longévité d’un chef cuisinier. Comme dans ses autres créations, l’étrange affleure, situant l’œuvre à quelques pas du réel, sur fond d’interrogations contemporaines. Cette manière de procéder se retrouve dans A la marge, programmée en novembre à la Maison de la culture du Japon à Paris. Cette pièce plonge les spectateurs dans les univers de deux personnages au passé déroutant.

Né en 1974 à Kashiwazaki, dans le nord du Japon, Tomohiro Maekawa s’intéresse très vite aux phénomènes surnaturels et à l’occultisme. « Je ne comprends pas le monde réel, je le trouve étrange, effrayant et impressionnant. J’ai ce sentiment depuis l’enfance et je l’ai encore aujourd’hui », explique cet admirateur du mangaka Shigeru Mizuki (1922-2015), auteur du best-seller Kitaro le repoussant, connu pour être l’un des pères des mangas d’horreur.

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Après des études de philosophie à l’université Toyo, à Tokyo, et quelques travaux d’écriture de scénario de films indépendants, il reçoit une commande de pièce de théâtre de la part d’une troupe créée par des amis. « J’ai trouvé que c’était un mode d’expression intéressant, une méthode qui va au-delà de la transmission de l’histoire en tant qu’information. Au théâtre, je suis intéressé par la manière de capter l’imagination du public. Dans un sens, elle se coule dans les marges qui apparaissent sur scène, comme le silence et l’obscurité. »

Réaction à l’imprévu

Il fonde sa troupe, Ikiume (« l’enterré vif »), en 2003, et enchaîne depuis les créations à succès. Certaines sont récompensées comme, en 2008, Devant, derrière et au-delà, spectacle lauréat du prix Yomiuri de l’écriture et de la mise en scène. Le ministère de la culture l’a honoré en 2010 du 60e prix du jeune artiste. Il écrit aussi des romans, comme La Promenade des envahisseurs (2005, traduction française Espaces 34, 2021) ou Le Soleil (2016). Sa créativité l’amène à rédiger une pièce de kabuki et à collaborer au cinéma avec des réalisateurs comme Yu Irie ou Kiyoshi Kurosawa.

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Sa première exploration à l’international l’amène en 2010 au Royal Court Theatre britannique, où il participe à une résidence d’écriture, même si son anglais, appris de manière intensive dans un cours privé de Tokyo, est alors « complètement inutile ».

Son œuvre témoigne de ses interrogations sur les réactions de la société japonaise face à l’imprévu, un sujet fascinant, car le pays est régulièrement confronté à des catastrophes, des séismes, des tsunamis, des typhons auxquels pourraient s’ajouter le nucléaire avec Fukushima et la pandémie due au coronavirus. L’archipel est malgré cela rétif aux caprices du hasard et de l’improvisation.

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