Festival d’automne : Sumiko Haneda, la mémoire au féminin

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Pionnière du documentaire au Japon, Sumiko Haneda, 96 ans, l’est aussi de la réalisation au féminin dans son pays. Née à Dalian, ville chinoise de Mandchourie alors sous domination japonaise, elle a dirigé de 1957 à 2013 plus de quatre-vingts films sur des sujets aussi variés que la vieillesse, le quotidien de gens ordinaires ou d’artistes et les arts traditionnels. « Beaucoup de gens ont vu mes documentaires sur le vieillissement, dit-elle. Un mouvement s’est créé pour réfléchir à cette question. Je fais des films parce que je crois que le documentaire a ce pouvoir de sensibiliser. »

Sa conviction quant au rôle du documentaire doit beaucoup à son passage, après le rapatriement de sa famille à la fin de la seconde guerre mondiale, à la Jiyu Gakuen, école pour filles fondée par Motoko Hani (1873-1957), première femme journaliste japonaise ayant pour credo : « Les personnes qui ressentent quelque chose ont la responsabilité d’agir. »

Une fois diplômée, Sumiko Haneda choisit de travailler en 1950 pour la toute nouvelle société de production Iwanami, créée par l’éditeur progressiste Iwanami Shoten, pour soutenir des projets de documentaires à vocation éducative pour le cinéma et la télévision. L’un des jeunes réalisateurs « maison » est alors Susumu Hani, petit-fils de Motoko et future figure de la Nouvelle Vague japonaise. Sumiko Haneda travaille avec lui comme assistante réalisatrice.

Aspirations personnelles

L’expérience acquise lui permet de diriger, en 1957, son premier documentaire remarqué, L’Ecole des femmes au village. Répondant à une commande du ministère de l’éducation, ce film tourné dans un village du département de Shiga (Ouest) donne la parole à des femmes et à des enfants évoquant leur quotidien. Son travail chez Iwanami l’amène à collaborer avec le Théâtre national et le Musée national de Tokyo, mais limite ses aspirations plus personnelles, par ailleurs bridées par sa condition de femme dans un univers très masculin. « Quand j’ai commencé à faire des films, il y avait moins de cinq réalisatrices en activité. Une fois la reconnaissance venue, la distinction entre hommes et femmes a disparu. »

Elle bénéficie de l’appui d’autres femmes engagées, comme Etsuko Takano, qui avait choisi d’étudier en France, à l’Institut des hautes études cinématographiques, car elle estimait impossible pour une femme de devenir réalisatrice au Japon. Nommée en 1970 à la tête du cinéma d’art et d’essai Iwanami Hall – qui a fermé ses portes en juillet –, Mme Takano présente en 1977 le très poétique Le Cerisier aux fleurs grises de Sumiko Haneda, travail sur l’impermanence, réalisé à travers le quotidien d’un village articulé autour d’un cerisier millénaire.

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