Eye Haïdara, à l’affiche des « Femmes du square » : une actrice en suspension

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Posée, discrète jusque dans sa voix feutrée qui parfois peine à s’imposer dans le brouhaha du café parisien où nous nous trouvons, Eye Haïdara nous apparaît décidément à l’opposé d’Angèle, la nounou tonitruante et excentrique qu’elle interprète dans Les Femmes du square, le nouveau long-métrage de Julien Rambaldi. Rôle dans lequel elle est épatante, à la fois profonde et irrésistible. Comme un poisson dans l’eau dans ce registre reconnu comme le plus difficile, la comédie. Un genre qui semble taillé pour elle. Du sur-mesure, dans lequel il suffit qu’elle se glisse pour se montrer impeccable ? Rien de plus faux.

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En réalité, il n’y a que le travail, l’observation, un long apprentissage qui puissent aider à trouver le bon rythme, le juste dosage et le changement rapide d’expression. « La comédie repose sur une ponctuation très pointue, c’est un peu comme de la danse. Si vous avez un centième de seconde de décalage, ça ne passe pas. Cela s’acquiert au fil des expériences et des rencontres, souligne Eye Haïdara. Pour ma part, en jouant avec Jean-Pierre Bacri dans Le Sens de la fête, j’ai appris à la meilleure école. Il m’a beaucoup accompagnée, avec bienveillance. Il proposait toujours énormément de choses. Le regarder était passionnant. »

L’actrice le reconnaît : pour elle, il y a eu un avant et un après Le Sens de la fête (2017). La comédie d’Eric Toledano et Olivier Nakache l’a révélée au grand public et l’a couronnée du César du meilleur espoir féminin 2018. « J’avais toujours obtenu mes rôles sur casting, celui-ci compris. C’est seulement après ce film que j’ai commencé à recevoir des proposions directes. Et appris aussi à dire non. Ce n’est pas un exercice facile. Quand on vous envoie un scénario, vous propose le premier rôle et que le projet ne vous plaît pas, forcément vous reviennent en mémoire ces périodes où vous couriez les auditions et, là, vous vous dites : “comment vais-je avoir la prétention de dire non ?” Dans ces cas-là, c’est l’honnêteté qui prévaut. Si ce film n’est pas une évidence, il ne faut pas le faire. »

Exercice de haut vol

Même si elle regrette de beaucoup douter, jusqu’à l’obsession, et aspire à plus de légèreté, Eye Haïdara a, comme on dit, la tête bien faite ; une intelligence dont témoigne son langage réfléchi et concis. Sans aucun doute, l’héritage d’une éducation et l’expression de son goût prononcé pour les mots. Lequel n’est pas étranger au plaisir qu’elle a éprouvé, très jeune, à monter sur scène. Elle est alors au CP. « Un instituteur passionné de théâtre nous faisait jouer des poèmes et des petits textes. J’ai adoré la scène tout de suite. Je m’y sentais protégée. Car non seulement on m’autorisait à y faire le pitre mais, en plus, on me regardait et m’admirait pour cela. »

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